Charte des valeurs québécoises – Éloge et Commentaire

Envers et contre tous – particulièrement à l’encontre de la hiérarchie catholique toute puissante de l’époque – la révolution tranquille a permis aux Québécois et Québécoises d’apprendre à se définir en dehors de l’omniprésente référence à un cadre religieux paternaliste et restreignant. Plusieurs à ce moment n’ont-ils pas décrié avec force ce qu’ils percevaient être un manque de loyalisme envers l’institution religieuse (et, pourquoi pas, envers Dieu lui-même!) qui a présidé à la naissance de ce pays, allant même jusqu’à annoncer la fin de notre glorieuse patrie? Pourtant l’histoire aura démontré la sagesse de cette prise de distance de l’état face à la propre religion ancestrale de son peuple. N’en a-t-il pas résulté pour notre nation un essor formidable, tant au plan artistique, intellectuel qu’économique, faisant du Québec un leader mondial dans l’art du mieux vivre?

Plus récemment, un autre choix de société nous a amené à retirer l’enseignement religieux de nos écoles publiques, exercice encore une fois décrié par plusieurs Québécois mais qui a – envers et contre tous – bel et bien été sanctionné par l’état afin de favoriser la neutralité religieuse au Québec. Si l’état a osé sabrer ainsi dans l’identité religieuse de la majorité de sa population, il serait totalement aberrant qu’il n’applique pas les mêmes règles restrictives pour toutes les religions au Québec. D’autant plus que le bilan de cette libération du carcan religieux est, somme toute, positif.

Si cette séparation de l’église et de l’état n’avait pas eu lieu au Québec, le statut de la femme serait-il ce qu’il est actuellement ici? Non, sans doute! Parce que les religions qui prônent, « de droit divin », un niveau d’autorité supérieur pour les hommes que pour les femmes ne peuvent que maintenir celles-ci dans un statut inférieur au sein des sociétés qu’elles incorporent. L’état n’a-t-il donc pas le devoir d’agir en bon parent? N’est-ce pas agir en bon parent que d’inciter les nouveaux arrivants et les tenants de religions patriarcales à entrer dans ce mouvement de libération religieuse qui a tant fait évolué notre nation, et de le faire par tous les moyens respectueux dont dispose l’état. Un bon parent n’a-t-il pas le devoir d’indiquer aux siens une voie d’épanouissement sûre, une manière d’être qui favorise le mieux-être individuel et collectif?

Car ceux qui disent que la charte des valeurs québécoises s’oppose au multiculturalisme n’y voient vraiment pas clair! Laisser se ghettoïser chaque groupe de culture différente mènera encore moins au multiculturalisme recherché, mais plutôt maintiendra des nationalismes distincts dans une société pluraliste. Favoriser le multiculturalisme, n’est-ce pas tout mettre en œuvre pour que la valeur individuelle de chaque personne soit affirmée haut et fort, non pas à cause de son appartenance à tel groupe religieux ou ethnique mais à cause de sa seule dignité fondamentale d’être humain? Interdire le port d’insignes religieux ostentatoires dans l’espace étatique revient à affirmer que l’être humain est plus que sa religion; et cela incite chaque citoyen professant une religion particulière à réfléchir sur la corrélation existant (ou n’existant pas!) entre sa liberté personnelle et son obédience religieuse. Est-ce que sa religion libère les hommes et les femmes qui la professent? Est-ce que sa religion prépare les hommes et les femmes à exercer un leadership réel et engagé sans distinction de genre? Si la réponse à ces questions est non, cet adepte ne devrait pas se surprendre qu’une société comme la nôtre visant l’égalité homme-femme sans aucune forme de discrimination soit à tout le moins dérangée par la propagande religieuse de son groupe!

Oui l’état québécois doit indiquer une voie d’égalité homme-femme à tous ces citoyens, même ceux à qui leurs chefs religieux indiquent une voie contraire. Sinon, l’état accepte par son inaction la création ou le maintien d’une sous-classe sociale : les femmes. Si un groupe prônait ici l’apartheid envers les noirs, ne seraient-ils pas immédiatement (et avec raison!) empêché d’agir? Mais plusieurs églises chrétiennes, la plupart des mosquées et plusieurs autres groupes religieux prêchent ici allègrement un niveau supérieur de leadership pour les hommes au détriment des femmes et personne ne s’en inquiète!!! Nous jugeons cette inégalité dans les droits acceptable et nous fermons les yeux! N’est-ce pourtant pas exactement la même erreur : exclure de certaines sphères sociales et décisionnelles un groupe de personnes qui se distingue par son sexe ou la couleur de sa peau?  Et ces institutions religieuses sexistes font des adeptes (et des enfants) chez nous, hypothéquant l’avancée du droit des femmes au Québec. N’est-il pas grand temps que l’état indique une direction, la même pour tous?

Quand le gouvernement du Québec cessera-t-il de financer à 60% l’enseignement privé confessionnel sur son territoire? Quand des règles claires dénonceront-elles l’assujettissement religieux des femmes dans notre beau pays appelé à la liberté? Quand freinerons-nous l’élan des religions et églises sexistes qui propagent depuis trop longtemps déjà cette erreur sur notre territoire?

Johane Filiatrault

Jean Beauchemin

Le 30 septembre 2013

Résumé de notre parcours vers le sacerdoce

  •  Au printemps 2004, le curé de notre paroisse (catholique romaine), M. Gilles Mathieu, demande à Jean s’il accepterait de se préparer au diaconat permanent. Jean lui répond : « Je le ferai le jour où l’Église catholique acceptera d’ordonner aussi Johane, qui a, selon moi, au moins autant la vocation que moi ».
  • À l’automne 2004, le même curé, voyant que nous portions un appel de Dieu au sacerdoce, nous a suggéré d’aller chez les Anglicans, qui eux, ordonnent des femmes et des hommes mariés.
  • De 2005 à 2006 nous fréquentons chaque dimanche la communauté anglicane de Sorel avec qui nous avons un excellent rapport, comme d’ailleurs avec la pasteure de cette communauté, Mme Holly Ratcliffe, qui se dit prête à nous accompagner vers l’accession au sacerdoce, qu’elle sent être notre appel.
  • Au début 2006, nous faisons le point sur la situation et nous quittons l’Église anglicane parce que nous ne nous sentons pas du tout appelés à devenir responsables d’une paroisse, anglicane ou autre. Nous voulons simplement accomplir notre sacerdoce au sein de la fraternité des Ouvriers de Paix et de notre entourage naturel, un peu dans l’esprit des communautés de base.
  • À la mi-février 2006, nous prenons contact avec le Roman Catholic Women Priest et demandons à cheminer avec elles dans un discernement vocationnel. Nous suivons la formation à distance du RCWP et nous rencontrons deux de leurs représentantes, Mesdames Michele Birch-Connery et Marie Bouclin pendant notre parcours de formation. Elles nous admettent à l’ordination.L’année précédente, nous avions entrepris un certificat en théologie à l’université Laval de Québec.
  • Nous sommes ordonnés par elles au diaconat – première étape avant le sacerdoce – le 19 mai 2007. Et ce n’est qu’à ce moment qu’elles ont réalisé que notre « certificat » en théologie ne correspondait qu’à une année d’étude universitaire. Ces femmes prêtres (Mesdames Marie Bouclin et Michele Birch-Connery) et évêque (Mme Patricia Friesen) du RCWP étaient toutes anglophones alors que nous sommes francophones; et quand nous parlions de « certificat » en théologie, elles comprenaient qu’il s’agissait d’un niveau d’étude supérieur qui correspondrait, dans notre système éducatif francophone à plus de trois ans d’études universitaires. Ainsi donc, pour une erreur de traduction linguistique, bien involontaire de notre part comme de la leur, on a obtenu l’ordination qu’elles n’accordent habituellement qu’à des candidat(e)s qui ont obtenu un bac (trois ans) et qui étudient à la maîtrise (cinq ans) ou au doctorat (six ans) en théologie et pastorale.
  • Nous nous sommes donc retrouvés devant le dilemme de poursuivre au bac et à la maîtrise afin qu’elles acceptent de nous ordonner au sacerdoce, ou de demeurer diacres, sans suite possible de leur part. En fait, le choix a été facile :
  1. Les études universitaires coûtent cher et nous n’avions pas les sommes nécessaires pour poursuivre
  2. Nous sommes parents de six enfants et nos obligations familiales ne nous laissaient pas le temps nécessaire à consacrer à nos études (Nous avons mis trois ans à temps partiel pour compléter une formation de un an à l’université)
  3. Il nous aurait aussi fallu négliger notre engagement auprès de la corporation des Ouvriers de Paix pendant une longue période afin de poursuivre notre formation, ce qui nous semblait aller contre notre conscience : les abandonner pour supposément mieux les servir ensuite nous semblait complètement désincarné, déconnecté du réel.
  4. Les personnes auprès de qui nous œuvrons sont des gens simples qui n’ont, pour la plupart, pas étudié au collège ou à l’université. À quoi serviraient tous les beaux concepts que nous aurions pu apprendre à l’université, puisque le langage simple et vrai du quotidien les touchait davantage?
  5. Sur dix cours que nous avons suivis à l’université pour obtenir notre certificat, la moitié nous ont semblé pertinents comme outils de travail. Les cinq autres cours étaient décevants, avec soit des contenus ultra conservateurs catholiques ou au contraire, des contenus véhiculant des concepts supposément « modernes » mais qui de fait ne contenaient plus grand-chose de la foi des premiers chrétiens.
  • Cette ordination « avortée » nous a cependant poussés à poursuivre plus avant notre réflexion sur le sacrement de l’ordination :
    • Était-ce la volonté de Dieu de restreindre le sacerdoce aux instruits et aux savants de ce monde?
    • Comment était-ce possible que des personnes en autorité de trois rassemblements chrétiens différents aient reconnu en nous un appel au sacerdoce et que personne, au bout du compte ne puissent nous ordonner, c’est-à-dire « ne puissent nous envoyer au nom du Christ » pour vivre notre mission de rassembleurs, de libérateurs des cœurs, et de « perceurs de brèches » permettant aux âmes de communier à leur Roi?
    • Les institutions ecclésiales de ce monde auraient-elles étouffé le sacerdoce voulu par Dieu en l’entravant dans d’innombrables rites, cérémoniaux, pratiques, obligations, etc, et en faisant de ce signe de son amour un rôle social nécessitant un statut particulier, l’appartenance à une caste?
    • Et si le sacerdoce n’était finalement qu’une responsabilité qui incombe à tout(e) croyant(e) qui, après un long cheminement spirituel, se sent concerné(e) par la transmission de la foi aux êtres humains qui le (la) côtoient et par leur besoin d’être accompagné dans leur cheminement spirituel? S’il s’agissait simplement de se rendre entièrement disponibles pour eux, de les écouter et de leur ouvrir un chemin vers l’au-delà, de rendre grâce en leur nom, d’intercéder pour eux (elles) par l’Eucharistie? Se pourrait-il que ce soit finalement si simple, si accessible, comme sont simples et accessibles – à un enfant même – toutes les choses de Dieu?

    Ces réflexions nous ont conduits à conclure que le sacerdoce selon le cœur de Dieu est une chose simple et accessible, que la prière de deux ou trois réunis en son nom obtient sûrement. Jean argumentait que, si nous faisions fausse route, Dieu allait sûrement nous rattraper quelque part et nous corriger au besoin, qu’il valait mieux chercher à tâtons une route possible que de rester étouffés et tristes avec notre appel sacerdotal inaccompli. Jean a attiré notre attention sur le fait qu’enfants, nous jouions à dire la messe (nos enfants y ont joué aussi et nous trouvions cela charmant!) et que Dieu n’allait sans doute pas nous en vouloir à mort si nous avions encore envie à notre âge de « jouer » à faire Eucharistie, c’est-à-dire de trouver une joie immense à offrir le sacrifice devant Lui. Le Christ n’a-t-il pas dit qu’il fallait se faire petit pour entrer dans le bonheur du Royaume?

    • Le 22 février 2008, nous avons prié tous les deux pour que Dieu daigne consacrer Jean au sacerdoce et Jean s’est engagé à le servir entièrement en tant qu’ouvrier de Paix.
    • Le 19 mars 2008, Johane a été, de même, consacrée au sacerdoce, par l’imposition des mains de Jean.

    Depuis, nous apprenons à être de plus en plus fidèles à cet appel profond. Nous trouvons un grand bonheur à offrir nos frères et sœurs souffrants à la grâce de Dieu à travers l’Eucharistie. Nous sentons que notre rôle spirituel au milieu de notre entourage et famille est tout à fait nécessaire et confirmé. Nous nous réjouissons des fruits nombreux que notre sacerdoce fait éclore et croître et nous en rendons grâce à Dieu avec la très vive conscience de notre petitesse : c’est Lui qui agit, à travers notre pauvreté.

Johane Filiatrault et Jean Beauchemin

La rue ne suffit plus!

Dans cette guerre idéologique qui déchire le Québec, une seule chose est certaine : c’est que les deux parties ne sont pas à armes égales.

Rappelons-nous que la très large majorité des médias au Québec (radios, journaux, télé) sont des médias privés appartenant à la classe possédante riche. Et depuis quand les grands capitaux de ce monde – et les moyens de communication qu’ils possèdent – se saborderaient-ils eux-mêmes? Vont-ils s’attaquer au pouvoir de l’argent et prôner la juste distribution des richesses et du savoir (les deux sont étroitement liés et ils le savent!)? Vont-ils informer la masse sur ses droits et sur l’ultime responsabilité citoyenne qui incombe à chacun et chacune de nous (celle de bien s’informer en s’assurant de l’intégrité et de l’indépendance intellectuelle des médias qu’on lit et écoute)? Non… L’idéologie véhiculée par le gouvernement actuel est plutôt soutenue et propagée par les médias privés, au détriment des classes moyennes ou pauvres.

Ne nous surprenons donc pas si la majorité des Québécois – qui s’abreuvent largement à ces sources-là – appuie le gouvernement actuel et son idéologie! Et c’est là que le bât blesse. Que les riches appuient l’idéologie des riches, ça n’a rien de surprenant, mais que la majorité de ceux qui appartiennent aux classes moyennes et pauvres appuient cette idéologie, quel triste constat! Il est temps d’affûter nos armes, citoyens : les grandes révolutions de ce monde n’ont pas été gagnées par des populations armées de tire-pois! Investir les rues ne suffit plus, frapper nos casseroles non plus : INFORMONS!  Les combats d’idée se gagnent en propageant des idées justes. Quand j’entends les piètres arguments et les chiffres bidon brandis par notre « plus aussi adroit mais très à droite » premier ministre, la révolte gronde en moi : c’est assez! Assez de désinformation, assez de fieffés mensonges, assez de propos démagogues* sur les ondes de médias malheureusement trop écoutés!

Que nos jeunes universitaires et ceux qui les appuient mettent à profit ce qui leur a été presque gratuitement enseigné à l’école – grâce à un investissement collectif judicieux et bénéfique pour l’avancée de tous. Qu’ils produisent des clips, des tracts, des journaux populaires, des affiches! Qu’ils les placardent partout; qu’ils envahissent le net, les babillards et tout espace qu’on leur laisse, QU’ILS INFORMENT CETTE MASSE QUÉBÉCOISE MAL INFORMÉE; afin que la victoire soit à eux, à cette majorité qui a le droit de jouir du fruit de son travail sans que la classe dirigeante et possédante siphonne leur richesse vers la poche des toujours plus riches. C’est assez! La révolution s’impose, pacifique, tenace, ciblée, intelligente. Affûtons nos armes : sortons nos crayons, nos caméras, nos instruments de musique, nos mots. Envahissons le Québec de notre message, afin que la majorité entende la vérité.

INFORMONS!  Et comme l’argent est le nerf de la guerre, créons un fonds chargé de soutenir cette large distribution d’informations : cinq dollars donnés par chacun des marcheurs des grandes manifestations du 22 et, collectivement, nous avons  déjà un million à investir dans cette campagne du savoir. Passons aux actes!

Johane Filiatrault

*Démagogie : Action de flatter les aspirations à la facilité et les passions des masses populaires pour obtenir ou conserver le pouvoir ou pour accroître sa popularité (Dictionnaire Larousse)

Quelques sources d’informations intègres à consulter : Le Téléjournal à Radio-Canada, Journal Le Devoir

À voir absolument : Vidéo de l’institut de recherche IRIS “Les 8 mythes sur la hausse des frais de scolarité

BLANC

Lettre ouverte à M. le Premier Ministre Jean Charest

Je dois d’abord confesser qu’hier encore, j’étais du nombre de ceux qui vous ont attribué le prix du meilleur humoriste malgré lui dont vous avez été « honoré » au gala des Oliviers. Mais ce matin, l’heure est grave, trop grave pour avoir envie de rire, même à vos dépens.

Je voudrais juste attirer votre attention sur un point, un petit point – un grain de sable en fait – qui risque de vous rattraper, tôt ou tard, et qui vaut par conséquent la peine qu’on s’y arrête. Avez-vous réalisé que vous êtes le seul imputable pour la situation qui dégénère actuellement dans le dossier des revendications étudiantes? Vous avez eu « l’habileté »(?) de vous entourer de gens qui ne vous contestent jamais publiquement et qui, en apparence du moins, pensent exactement comme vous et prônent les mêmes méthodes dictatoriales* d’intervention dans ce conflit. Personnellement, je n’apprécie pas les « chefs » qui usent de cette forme « d’habileté » : ils prouvent, selon moi, leur incapacité à gérer l’opposition de façon sage et mature. Mais au bout de la ligne, que je sois d’accord ou non avec vos méthodes de gestion ministérielle, le résultat demeure : vous êtes, dans ce cabinet, le seul chef « debout » et donc, le seul qui devra porter l’odieux (ou le mérite???) de l’issue de ce conflit.

Votre responsabilité est lourde. C’est pourquoi, au nom de ce peuple, je vous demande de vous raviser, d’entrer en vous-même pendant qu’il en est encore temps, pour prendre conscience du devoir paternel qui vous incombe. Vous ne pourrez pas toujours répondre par l’oppression, le dénigrement et le leurre aux revendications de nos jeunes, puisque, vous le constatez, ces méthodes ne font qu’attiser le feu. Je prie pour vous, demandant que vous ayez la sagesse et L’HUMILITÉ de faire marche arrière et de vous mettre sincèrement et respectueusement à leur écoute.

Je prie également pour le peuple du Québec qui vous a élu. Mon peuple… qui paie cher pour avoir élu un chef dont l’unique marotte est toujours et partout la sainte ÉCONOMIE. Comme si l’argent avait le pouvoir de faire de nous un peuple heureux!!! C’est le travail qui fait un peuple fier et prospère. Nous pourrions être tous riches, mais blasés, égocentriques et insipides!!! Pire : le prix de la méga-richesse de quelques uns est et sera toujours la pauvreté de tous les autres. Le comprendrons-nous un jour? Cesserons-nous d’espérer être du nombre de ces quelques uns (trop riches) pour prendre solidairement parti pour le partage équitable des biens et la prospérité de l’ensemble? L’éducation libre et « gratuite » est la condition de base à la prospérité de tout un peuple : seuls ceux qui aspirent à être du petit nombre des trop bien nantis peuvent affirmer le contraire (et ceux qui savent trop bien que l’ignorance du peuple leur laisse toute la latitude nécessaire pour s’enrichir à ses dépens)!!!

Je prie pour que tombent les œillères qui égarent mon peuple : qu’il se relève de ses errances et qu’il retrouve la noblesse de cœur qui fut la sienne au temps de jadis quand il y avait toujours un banc pour le « quêteux » dans sa maison et quand le malheur de l’un donnait inévitablement lieu à une corvée d’entraide pour le secourir. Je prie pour que quelqu’un de ce peuple ait l’illumination de trouver quel geste de soutien collectif nous pourrions poser pour appuyer les idéaux de nos jeunes et ne plus les laisser seuls s’envoyer matraquer au Front.

Il y a de beaux gestes qu’il ne faudra jamais oublier. Comme ce soir du 27 avril où, pendant une manifestation dans les rues de Montréal, les grévistes étudiants ont aidé à l’arrestation des casseurs en s’arrêtant de marcher dès qu’ils voyaient de la casse près d’eux. Comme les manifestations d’appui en faveur des quatre jeunes emprisonnés pour leurs idéaux après les évènements du métro de Montréal…

Qui taxent les étudiants d’utiliser chantage et violence pour obtenir ce qu’ils revendiquent ? Ceux qui les poussent à leurs derniers retranchements…!? Ceux à qui ont été confiés la responsabilité du pouvoir et de l’information, mais qui, par leur mépris et leurs sarcasmes, attisent chez les grévistes le potentiel de violence…!? Potentiel d’agressivité qui, ne l’oublions pas, habite TOUT ÊTRE HUMAIN – le moqueur, comme sa victime, le dirigeant abusif, comme le peuple bafoué.

Johane Filiatrault

* On dit au dictionnaire que « Dictatorial » est l’antonyme de « Libéral »… c’est à ne plus rien y comprendre, M. Charest!

BLEU

Jamais je n’avais vu mon pays si beau! La manifestation de ce 22 avril à Montréal a été pour moi une révélation. Ah! Qu’elle était belle la fierté de mon peuple! Sa dignité aussi.

J’ai vu des Québécois convaincus, pacifiques, justement révoltés, créatifs et joyeux. Quelle magnifique liberté! Quelle exemplaire révolution! Messieurs qui vous étiez proclamés gagnants aux Plaines d’Abraham, j’ai le regret (… mais pas tant que ça!) de vous annoncer que vous avez perdu la guerre : le peuple que vous pensiez avoir vaincu a célébré sa victoire le 22 avril au pied du Mont Royal. Et j’affirme haut et fort que, plus jamais, vous ne vous bercerez de l’illusion du succès. Une fracassante défaite vous pend au bout du nez Mesdames et Messieurs les capitalistes irrévérencieux. Les défricheurs de mon pays sont venus chercher ici la liberté et la paix. Vous, colonisateurs, ce sont les richesses de nos contrées qui vous faisaient (et qui vous font encore) baver d’envie! Vos aspirations étaient basses; les nôtres ont vaincu! Justice.

Vous n’empêcherez pas l’âme de nos jeunes de chanter! Et leur chant vous a fait perdre la face, gouvernants et possédants (dévoilant vos pitoyables motifs). Comme je vous bénis, jeunes du Québec, pour votre intégrité remarquable! Élèves, vous êtes nos professeurs! Enseignez-nous encore à nous tenir debout… à nous qui avons l’immense fierté de vous avoir donné le sein, et d’avoir soutenu l’hésitation de vos premiers pas. Vous êtes le fruit de la sueur de nos pionniers… et du sang de nos insurgés. Relevez vos têtes et soyez fiers de qui vous êtes! Heureux, vous qui faites œuvre de paix et de justice! (Et merci à ceux qui, parmi les médias et les leaders, ne se laissent pas bâillonner par ceux qui détiennent le pouvoir!)

Ceux qui sont de la race des prétendus vainqueurs cherchent encore à tuer : leurs armes sont la moquerie, l’arrogance et le mépris (M. Charest est maître d’arme en cette catégorie). Mais quand on leur oppose le sourire confiant d’un jeune en grève, la révolte tranquille d’un marcheur qui manifeste, la démocratique et solidaire sagesse des jeunes représentants des associations étudiantes qui refusent avec raison de se laisser museler, je l’affirme : les gagnants  sont dans la rue! Ceux de l’autre camp ont été pesés, jaugés, et annihilés : ils ne pourront plus mentir à nos enfants, ils ont dévoilé au grand jour leurs méprisables desseins et devront en porter l’odieux devant l’accusation de leur conscience (qui tôt ou tard, les rattrapera). Ils répondront de l’humiliation qu’ils font peser sur nos jeunes et des souffrances et vexations qu’ils leur font subir. Ils sont sots, ceux qui s’imaginent, par la répression, venir à bout du Bien, et, par le mensonge, faire taire la Vérité! Tous les régimes de ce genre ont connu leur Waterloo, et celui de M. Charest approche! Préparons cette fête!

Le 22 avril, j’ai vu des jeunes familles marcher, avec des petits enfants magnifiques, joyeux, libres et aimés, des petits enfants tels que je n’en ai vu nulle part ailleurs sur cette planète. Oui ils sont rois, nos enfants; mais de la royauté que leur confère leur native noblesse : ils sont nés d’un peuple qui croit que le bonheur familial prime sur l’avoir et le succès professionnel, qui croit en l’égale dignité de l’homme et de la femme. Voilà ce qui confère à nos enfants leur royale majesté : ils sont nés de l’amour, de l’amour LIBÉRÉ et RESPONSABLE. Oui, M. Ignatiev, nous serons souverains (Merci de l’avoir annoncé à ceux qui ne voient pas encore clair!). Le Québec a un rôle de leadership mondial à jouer, afin de permettre à tous les peuples d’entrer dans ce bonheur d’être qui est le nôtre. Le Québec se doit (et leur doit) d’être un pays. Il a le devoir de se libérer de ceux qui l’empêchent de rayonner, d’illuminer comme un phare jusqu’aux confins de la terre.

Johane Filiatrault

ROUGE

Mais, qu’est-ce qui arrive à mon pays? S’est-il endormi sur le sein du « Conjuguer avoir et être » dont on l’a bercé? Où se terre l’esprit des fondateurs de ce mode de vie ouvert à l’autre qui fut le nôtre? Que diraient Desjardins, Maisonneuve ou Lévesque s’ils revenaient marcher sur la terre bénie de notre Québec?

Peut-on réellement conjuguer avoir et être? N’y a-t-il pas là un mensonge qui dévoile sa grotesque sottise quand les chiffres nous prouvent, eux, qu’au Québec, comme partout ailleurs dans le monde, les pauvres (la classe moyenne comprise) s’appauvrissent toujours davantage alors que les riches s’enrichissent sans cesse? La mentalité du « Prendre pour soi » dont on nous américanise ne peut que mener à cet écart grandissant : c’est le jeu de Monopoly qui me l’a enseigné, alors que j’étais toute jeune. Chaque Sans cervelle que nous sommes (Oups, excusez, je voulais dire Automate!), chacun(e) de nous, donc, espère gagner la cagnotte au jeu du Plus fort la poche, et court vite, vite, vite pour attraper la carotte. Qui s’arrête? Qui prend conscience? Abomination…

C’est pour ça que je me réjouis quand je vois marcher les étudiants! Y a-t-il enfin des Québécois qui s’éveillent?!!! Y aurait-il encore des Papineau et des descendants de patriotes au Québec?!!! Ah! Je préfère cent fois les voir manifester dans les rues (malgré leurs débordements que je regrette… mais que je comprends!) plutôt que les voir une bière à la main, scandant des slogans pour le Canadien de Montréal (ou les Nordiques de Québec)! …Un peuple endormi aime les soporifiques et les jeux, c’est connu ; et certains gouvernements aiment les peuples endormis.

Quand le gouvernement du Québec actuel nous assomme de politiques sans cœur sous prétexte de choix économiques, quand le gouvernement du Canada actuel nous écœure par ses décisions unilatérales et son étroitesse de vue, n’est-il pas temps de sortir dans les rues pour dire : non merci! Je marche avec vous, étudiants du Québec qui souhaitez la justice, qui prônez l’accès équitable à l’éducation. LE SAVOIR NE SE MONNAYE PAS; ceux qui savent ont la responsabilité morale et sociale de transmettre leur connaissance : l’évolution de l’espèce en dépend! Où est l’esprit qui a présidé à la fondation de l’Université de Paris au XIIIe siècle? Mais on recule, ma foi : le Moyen-âge était plus évolué que nous! Désolation…

Non, le savoir n’est pas qu’un simple outil économique qui s’achète, ou qui se vend aux enchères : il est le garant de la dignité même de l’être… et de la fierté d’un peuple. Non, une société prospère ne se bâtit pas sur l’aspiration à posséder et à prendre; elle se construit sur l’engagement généreux et courageux de ses membres, et sur des valeurs de partage et de respect de ses concitoyens fragiles ou moins bien pourvus. Être ne rimera jamais avec avoir. Cessez de nous mentir, messieurs et mesdames les dirigeant(e)s et les possédant(e)s : votre règne est fini, puisque désormais, nous savons!

Oui, je vois rouge! J’entrevois un avenir à mon pays : le Québec. Et, en mémoire de Tian’anmen, je déclare illicite un gouvernement qui cherche à étouffer le cri de ses jeunes.

 Johane Filiatrault

Pour une morale de liberté

Par Johane Filiatrault

Le comité de théologie de l’Assemblée des évêques du Québec propose d’excellentes pistes de réponse à cette question dans son fascicule « Pour un renouveau de l’interpellation morale ». Ils parlent des pré requis à la juste construction du sens moral : le développement de l’intériorité, la rencontre profonde de l’autre, et la célébration des mystères de la foi. Ces voies de vie mènent effectivement de façon sure à une conscience de l’amour de Dieu de plus en plus vive – et du même coup, à une découverte toujours plus saisissante de la dignité humaine. Elles conduisent par conséquent l’être profond à une sensibilité sans cesse plus fine aux subtils fléchissements de sa liberté et aux incohérences, parfois ténues, de sa volonté aimante – inclinaisons qu’on a coutume d’appeler « sens moral », mais qu’on gagnerait peut être à renommer… (« sens de l’altérité » étant ma suggestion, parce que la qualité du lien à l’autre (comme  à l’Autre) est justement le but de l’exercice moral).

Donnez le goût de l’intériorité, permettre la rencontre profonde de l’autre et faire la démonstration que la voie de la foi est une voie sure de bonheur, devraient donc être les objectifs majeurs de l’éducation morale chrétienne. Si on arrive effectivement à faire mettre en pratique ces trois attitudes fondamentales, on verra dès lors fleurir partout une riche moisson de justice, et de justesse.

Comment et où faire vivre ces expériences fondamentales sinon d’abord dans la famille? Tout être sensé, équilibré et heureux développera le goût de transmettre à ses enfants les voies de vie qu’il aura lui-même expérimentées. Entre autres, un parent pourra développer le goût de l’intériorité chez son enfant en lui donnant l’exemple de la lecture – et d’abord en lui lisant, tout petit, des histoires : la lecture est un connecteur très fort et concret sur l’intériorité ; plusieurs types de musique également – écoutées ou, mieux, jouées – ont un pouvoir de connexion sur l’intérieur de l’être. Les échanges profonds avec l’enfant – surtout à partir des  questions qu’il pose – sont un lieu privilégié de connexion  sur son intérieur, mais aussi l’occasion, pour le petit, d’une rencontre de l’autre riche et formatrice. L’éveil au Beau (l’éveil à la contemplation de la beauté offerte par la nature et les divers talents humains) sera également un lieu privilégié de connexion, par la contemplation de la nature, par la pratique de l’art sous toutes ses formes, par la proximité du monde animal et végétal, etc.

Bien sûr, afin de rendre possible la foi chez l’enfant – la foi chrétienne ultimement, mais, à tout le moins, la tout à fait nécessaire foi en l’autre et en la bonté de la vie – les parents ont le fondamental devoir de cohérence, et quel défi! Aimer authentiquement, agir en fonction des valeurs qu’on prône, et se relever sans cesse quand on tombe, est la tâche de toute une vie : ces attitudes du parent amèneront l’enfant à se respecter profondément, à respecter l’autre – et tout d’abord son parent – et à faire confiance.

Pour ce qui est de l’aspect plus spécifique de foi en Dieu, le parent croyant devrait saisir toute occasion de prier avec l’enfant, quand celui-ci est ouvert à le faire : le soir avant de dormir et dans les temps d’épreuve, particulièrement. Les parents chrétiens prêcheront aussi par l’exemple en prenant plaisir à rendre grâce avant les repas familiaux et en se nourrissant eux-mêmes d’une vie de prière sincère et intense dans l’intimité d’un lieu de prière familial bien aménagé, si possible, ou dans une église. Ils mettront également leurs enfants en contact avec la Révélation des Écritures et des témoins de la foi, tenant en grande estime et révérence la Parole de Dieu et l’enseignement des saints, y modelant leur conduite et cherchant par tous les moyens à les faire découvrir et aimer de leurs enfants.

Ai-je à dire que, pour le parent, la formation de la conscience morale de son enfant passe nécessairement aussi par des centaines de répétitions de maximes, de conseils, de consignes, de proverbes, de recommandations… Et, pour que ses enseignements portent du fruit – dans le jeune âge de l’enfant (2-3 ans) – il se doit, assez régulièrement, de passer de la parole aux actes : ses leçons de vie seront étayées d’une discipline concrète, pas seulement verbale, qui gagnera parfois à utiliser quelques tapes sur les doigts ou sur les fesses, de façon opportune et parcimonieuse, afin de faire sortir l’enfant de ses tendances à la rébellion. Il est de la responsabilité du parent de le détourner très tôt du mal en lui faisant expérimenter les pénibles conséquences de la désobéissance. De fait, tout est là : pour pouvoir apprendre à vivre en harmonie avec sa conscience, l’enfant doit d’abord apprendre le plaisir de l’obéissance; il goûtera ce plaisir dans les félicitations du parent lorsqu’il agit bien, et associera vite la notion de bien avec celle de plaisir, et la notion de mal avec celle de déplaisir. Il prendra vite plaisir à faire la joie de ses parents et, du même coup, la sienne propre, et cherchera ainsi à corriger ses penchants mauvais. Surtout, toujours lui pardonner gracieusement, dès qu’il fait sincèrement amende honorable!!! Dès que l’enfant est capable de raison, on devrait passer à des conséquences autres, telles que la mise en isolement (qui permet de prendre du recul et de s’amender), ou la privation momentanée de telle ou telle activité plaisante.

Inculquer une telle discipline à l’enfant, c’est l’aimer profondément; plus encore, c’est lui faire vivre son baptême en le faisant intelligemment et volontairement entrer dans la mort pour trouver la vie. N’est-ce pas là le fondement de l’enseignement chrétien? L’enfant expérimente ainsi chaque fois que, mourir à lui-même et à ses caprices, le font entrer dans une communion retrouvée avec le parent qu’il aime ou avec ses frères et sœurs; il goûte aussi un élan de fierté envers lui-même : toutes choses bonnes à vivre, et plus plaisantes que le plaisir d’être son propre maître – parce que porteuses de joie et d’harmonie. L’enfant ainsi éduqué pourra progressivement passer de l’instinctivité animale à un état de conscience aimante nouvelle, seule digne de l’être humain enfant de Dieu. Encore faut-il que le parent ait le courage et la patience de laisser grandir ensemble en son enfant le bon grain et l’ivraie : le parent ultra religieux ou très exigeant ou narcissique aura tendance à vouloir « polir » l’enfant, afin que tout paraisse bien à l’extérieur et qu’il puisse en tirer fierté. Éduquer tout en laissant l’enfant être lui-même avec son caractère propre et ses limites demande un doigté tout à fait exceptionnel, fruit de l’Esprit Saint!

Je cède à l’envie de partager un peu de notre histoire familiale…Vers l’âge de 11 à 15 ans, 5 de nos 6 enfants ont eu à goûter à une discipline de mon cru, soit à cause d’une habitude de mensonge que nous n’arrivions pas à corriger, soit pour des dénigrements ou des prises de bec fratricides à répétition. À bout de patience et d’imagination, après avoir tout essayé, nous avons isolé le ou les coupables dans leur chambre pour 24 heures, n’ayant droit d’en sortir que pour la salle de bain, une marche silencieuse à l’extérieur ou pour aller rendre un service à quelqu’un. Nous leur apportions les repas dans leur chambre et ils ne pouvaient écouter que de la musique douce. Je leur donnais, à répondre par écrit, quelques questions les obligeant à un examen de conscience; ils devaient chercher des réponses dans la Bible, qui leur était donnée comme livre de référence, avec des passages précis à lire (selon leur cas!).

La recette est tellement efficace que j’en ai été moi-même renversée : un changement radical et durable s’est produit dans les 5 cas, preuve pour moi que la Parole de Dieu et l’intériorité sont les moyens suprêmes pour éduquer la conscience morale. Mais l’éducation morale ne se limite bien sûr pas au domaine familial; elle doit être complétée par un solide enseignement dispensé aux jeunes dans tous les contextes possibles. Objectif : permettre la rencontre avec Dieu, éduquer à l’amour, et enseigner à être courageusement fidèle à sa conscience, en toutes circonstances; spiritualiser l’être, en définitive. Pour ma part, j’ai une telle foi en l’Eucharistie et une telle expérience de la grâce qui en découle, que je suis une inconditionnelle de sa nécessité pour ouvrir les cœurs à Dieu. Elle devrait être présente régulièrement dans les familles et les groupes de croissance des jeunes : c’est là, dans leur contexte naturel, qu’elle peut porter tout son fruit et connecter à Dieu. D’où la nécessité de rendre accessible le sacerdoce à tous les appelé(e)s afin de renverser le mouvement actuel qui mène à la disparition rapide du Saint Sacrifice. Voilà la cause que Jean et moi défendront sans cesse; voilà la cause de notre dissidence.

Donc, il faut des prêtres partout pour que Dieu puisse se rendre présent à tous, au cœur même de leur vie, et non pas restrictivement dans un contexte paroissial plaqué, ne correspondant plus au groupement (aux groupes) naturel des personnes. Pour notre part, nous expérimentons depuis deux ans une formule de stage d’été pour les 7 à 14 ans, un stage médiéval où les jeunes se transforment pour un mois en artisans d’autrefois pour découvrir la poterie, la haute-lisse, la fabrication des chandelles, la charpenterie, etc.; et en chevaliers au service de leur Roi pour développer leur esprit de don de soi, d’entraide, de courage et pour grandir spirituellement par la méditation quotidienne, l’Eucharistie hebdomadaire et des enseignements fondamentaux sur la connaissance de soi et de Dieu, la vie des saints et le sens de l’existence.

Selon mon expérience personnelle avec les jeunes, une des choses les plus importantes à leur enseigner concerne la destinée éternelle de l’être humain. Quel tort on fait à la jeunesse en ne l’ouvrant pas à cette dimension ultime! Une mère désespérée m’avait emmené son fils d’une douzaine d’années qui se comportait très mal et qu’elle n’arrivait plus à maîtriser. Quelques temps auparavant, le père du jeune garçon s’était ôté la vie par pendaison en précisant par lettre qu’il le faisait pour se venger de sa femme (la mère du jeune) qui l’avait laissé. On peut comprendre qu’une telle ultime violence ait pu troubler l’enfant et que les psy n’arrivent pas à dénouer son angoisse. Je me suis assise avec lui seule à seul et je lui ai tout simplement demandé ce qui était arrivé à son père après sa mort, selon lui. Comme il n’avait pas de réponse là-dessus, je lui ai parlé de l’enseignement de Jésus sur l’au-delà et je lui ai raconté quelques unes des expériences mystiques de Maria Simma avec les âmes du purgatoire. Je lui ai dit qu’il pouvait aider son père à retrouver la paix en lui pardonnant, en pardonnant également à sa mère et en priant pour eux, et que c’est ainsi que lui-même retrouverait la paix et l’équilibre de vie (il se disputait beaucoup avec sa sœur). L’ayant revu avec sa mère quelque temps plus tard, je peux dire qu’effectivement, le jeune avait repris la voie de l’équilibre.

Je crois profondément que dès que l’être humain découvre la bonté de Dieu et se remet à Lui dans la confiance, toute sa vie s’harmonise et il devient aimant, de plus en plus. Je lisais hier dans le psautier ce passage de Jean 14 verset 15 : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements », passage que j’avais toujours compris de la même façon : agir selon les commandements de Dieu est une façon de lui prouver que nous l’aimons, une manière de vérifier si notre amour pour lui est sincère. Mais, hier, j’ai été frappée de comprendre ce passage tout autrement : si j’aime Dieu, si je me rapproche intimement de Lui, je deviendrai, ipso facto, capable de vivre fidèlement ses commandements, parce que j’aurai dès lors envie d’aimer comme Lui. Faire aimer Dieu est donc la seule façon efficace de « former moralement » la conscience : tout comme l’enfant a le goût de bien agir pour plaire aux parents qu’il aime, le jeune ou l’adulte « ouvert » alignera spontanément sa conduite dans le sens du plus grand amour dès qu’il aura touché la bonté de Dieu. Et la grâce de Dieu le rendra progressivement capable d’agir selon le plus grand amour, qu’il vise désormais. Toute autre fidélité à une morale extérieure et apprise n’est que placage et polissage, qui peut toujours convenir pour garder l’ordre social chez ceux qui auront eu une enfance relativement sereine, mais qui ne viendra jamais à bout des êtres blessés et révoltés qui pulluleront toujours davantage au fur et à mesure que ceux qui se disent représentants de Dieu (laïcs ou clercs) s’attarderont à un légalisme étroit et scrupuleux dont, notamment, actuellement, l’institution catholique romaine se fait la championne, de façon navrante. On n’a qu’à se rappeler l’épisode lamentable de l’an dernier : celui de la petite fille de neuf ans dont la mère a été menacée d’excommunication pour avoir suffisamment aimé son enfant pour vouloir la libérer de ce que la démence du beau-père et de l’institution catholique voulaient lui imposer. « Vous, enseigneurs de tora, vous êtes malheureux! Parce que vous chargez les êtres de pesants fardeaux à porter; mais vous-mêmes ne touchez pas à ces charges, fût-ce d’un seul de vos doigts. » Luc 11, 46 (Version Chouraqui)

Comment l’Église aimée qui a su produire la perle qu’est Vatican II peut-elle s’enfoncer maintenant dans une telle étroitesse de vue, si fortement indigne du Christ qui n’a rien dénoncé davantage que le légalisme et le rationalisme? Dans ce cas, on avait le choix entre faire mourir deux enfants (les embryons jumeaux) ou une troisième enfant (la trop jeune ‘mère’ violée). N’était-ce pas miséricorde et justice de libérer la troisième enfant de la mort psychique et spirituelle, infiniment plus grave selon Jésus que la mort physique, qu’on dut traverser les embryons pour libérer leur mère d’un fardeau beaucoup trop lourd pour elle? N’est ce pas pour eux vertu héroïque de sacrifier leur vie pour celle de leur mère et n’y trouveront t’ils pas une joie éternelle, puisque la vie du corps n’est rien en comparaison du prix de l’éternité? « Ne craignez rien de ceux qui peuvent tuer le corps, mais ne peuvent tuer l’âme; craignez plutôt Celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l’âme et le corps.» (Mt 10,29)

Je trouve personnellement très réducteur le confinement de la morale au strict décalogue, parce que le décalogue n’est, somme toute, qu’une loi naturelle, dictée à l’être humain par sa nature incarnée, c’est-à-dire par son instinct naturel à préserver la vie, qui est son prolongement sur la terre, à protéger ses acquis, dont il dépend pour sa survie, et à conserver les liens au groupe, qui sont gages de sa sécurité. Jésus, dans son enseignement, est allé infiniment plus loin : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » Comme Il a placé haute la barre! Infiniment plus que ne l’avait fait le décalogue… parce que jamais personne ne pourra dire « J’ai parfaitement aimé » ou même « J’ai suffisamment aimé », alors que le jeune homme riche, lui, pouvait en toute sincérité et en toute bonne conscience, dire qu’il était fidèle à la loi et qu’il l’accomplissait bien depuis sa jeunesse. Nul homme ou femme d’aujourd’hui, connaissant le Christ, ne peut ainsi se reposer dans un juste sentiment du devoir accompli, puisque aimer parfaitement comme Lui ait tout à fait humainement impossible. Et c’est bien là ce qu’il voulait précisément que nous comprenions! Il voulait nous laisser pour unique repos… SA DOUCE MISÉRICORDE! Il nous enlève ainsi le fardeau de la rigidité que connaissent ceux qui pratiquent une loi extérieure – fut-ce le décalogue. Il nous fait entrer dans une liberté TOTALE.

Il y a plusieurs cas où « tuer le corps » de quelqu’un, c’est donner la vie de l’âme à quelqu’un, et en ces cas là, un fidèle du Christ, au nom même de la fidélité à son maître, devrait choisir la vie de l’âme, au détriment de la vie du corps, aussi déchirante soit cette inconfortable position qui s’oppose – en apparence – à la loi mosaïque. En apparence seulement, puisque « tuer » pour donner la vie de l’âme n’est pas un meurtre mais un acte de GRAND AMOUR LIBRE POSÉ PAR UN ÊTRE VRAIMENT LIBRE : « Et je vis des trônes; et à ceux qui s’y assirent fut donné le pouvoir de juger » Ap 20,4                 « Vous qui m’avez suivi, vous serez de même assis sur douze trônes, et vous jugerez» Mt 19,28.    N’EST-IL PAS VRAI QUE SUIVRE LA LOI MOSAÏQUE N’EXIGEAIT PAS UN GRAND DISCERNEMENT MAIS QUE LA LOI NOUVELLE D’AMOUR EXIGE UN CONSTANT DISCERNEMENT, ET PLUS EST, UN DISCERNEMENT D’UNE FINESSE INFINIE, QUE SEUL PEUT INSPIRER UN AMOUR INFINI, CELUI DU CHRIST?  Ici encore, seul l’être qui se remet entièrement à l’Esprit Saint peut exercer un tel jugement de Dieu – le seul esprit religieux (ou esprit de religion), qu’il soit chrétien ou autre, ne peut arriver à une telle élévation de jugement : voilà en quoi les institutions chrétiennes plafonnent en se proposant de former la conscience morale. Seul Dieu en effet peut donner son Esprit Saint et faire d’un être humain, aveuglé par le péché, un tel juge rempli de Sa lumière. Le rôle d’EKKLESIA est de favoriser, humblement et gratuitement, la rencontre entre l’être humain et son Dieu.

Mais revenons-en aux nombreux cas de conscience qui semblent transgresser la loi mosaîque. J’en citerai quatre, toujours en référence à ma propre conscience, puisque c’est la seule dont je puisse clairement analyser les inflexions. Reprenons d’abord le cas du prêtre qui a laissé une jeune fille être assassinée sous ses yeux afin de ne pas avoir à mentir et à porter de faux témoignage. Peut-être que, dans sa conscience, une telle décision était justifiable, mais il est pour moi tout à fait clair que, dans la mienne, un pareil choix m’aurait poursuivi jusqu’en éternité. Je pense que mentir sous les menaces et porter un faux témoignage contre un homme de Dieu – l’évêque – qui de toute manière a déjà offert sa vie pour le Christ en devenant prêtre, est infiniment moins grave que de donner la mort par ma faute à une jeune femme – qui meurt atrocement – peut-être dans le désespoir – en interprétant possiblement qu’elle meurt à cause de la lâcheté d’un « serviteur de Dieu » qui veut sauver l’institution qu’il sert. Ici, la vie d’une âme, qui n’avait pas nécessairement choisi le martyr, a été sacrifiée au nom de la loi, et jamais on ne me fera trouver cela juste et bon.  Pour ce qui est du faux témoignage, il aurait toujours pu se rétracter plus tard en expliquant que ses aveux avaient été obtenus sous la menace; mais le salut de l’âme de cette jeune femme, il ne pouvait plus du tout le rattraper!

Les trois autres témoignages me concernent personnellement et engagent tout à fait ma conscience. Ayant été victime d’un viol (par mon ex-conjoint), j’ai librement choisi de prendre la pilule du lendemain, et ce geste de liberté m’a profondément libérée de la colère sans nom que je ressentais face à mon agresseur. Je n’aurais pas pu aimer dignement, comme il l’aurait mérité, l’éventuel enfant né d’une telle désunion : je n’en avais ni le désir ni la capacité psychologique, étant particulièrement vulnérable à cette époque. Quinze ans plus tard, je me sens toujours face à ce choix infiniment sereine et immensément reconnaissante envers notre système social et médical qui m’a dignement offert une telle libération, gratuitement. Même reconnaissance envers le même système qui m’a offert la ligature des trompes que je souhaitais ardemment après la naissance de ma 7e enfant : cette intervention chirurgicale mineure me permet de vivre avec l’homme que j’aime une sexualité heureuse et épanouissante, et permet au trop plein de notre amour de rejaillir sur nos enfants, pour leur bonheur, et sur tout notre entourage. Notre couple devient ainsi infiniment plus fécond grâce à cette intervention « stérilisante » : nous avons choisi de donner spirituellement la vie désormais, parce que je ne me sentais plus la force physique d’enfanter, ni la force psychologique de guider d’autres petites enfances.

Dernier exemple : si je venais à être atteinte d’Alzheimer, j’ai demandé à mon entourage de m’euthanasier au moment où je ne reconnaîtrais plus les miens et où donc je deviendrais incapable de les aimer. Je considère que ma vie vaut seulement l’amour que je donne et que si je deviens incapable d’aimer à cause d’un corps de misère, mon entourage ferait preuve envers moi d’amour en me faisant dignement rejoindre dans l’éternité Celui que mon cœur aime. Là, dans l’éternité, je pourrais ardemment poursuivre l’œuvre d’amour que j’essaie d’amorcer sur la terre. La dignité humaine est dans la vie de l’âme, et si, par miséricorde, on peut achever un cheval dont on prend pitié, je souhaite qu’on me respecte assez pour m’accorder une telle miséricorde, plutôt que de me laisser mourir dix ou quinze ans sur la terre, loin de mes amours et de mon Dieu.

J’espère avoir suffisamment éduqué mes enfants à la liberté de conscience, et donc à la liberté de l’amour, pour qu’ils soient capable d’une telle liberté aimante face à moi, si cette maladie – la seule que je crains – venait un jour à me frapper.

Travail présenté dans le cadre du cours   THÉOLOGIE 1002 L’AGIR CHRÉTIEN  Université Laval, Québec

(Question ayant dirigé ce travail :                                                                                            À votre avis et compte tenu de ce que vous avez compris de la morale chrétienne, quels devraient être les objectifs majeurs et les lieux privilégiés de l’éducation morale chrétienne?  Justifiez chaque élément de votre réponse.)

Le défi du cannabis dans le Bas St-François

Par Johane Filiatrault 

Je ressens une certaine admiration pour les hommes et les femmes de chez nous qui s’adonnent à la culture de la marijuana :  ils vivent continuellement sous tension, faisant preuve d’un sang froid hors du commun, et manifestent un esprit d’entreprise très prolifique.  C’est un travail extrêmement payant bien sûr, mais à condition d’être bien fait et, force nous est de constater que l’agriculture nocturne de par ici se porte à merveille : nos semeurs sont, pour la plupart, des experts en la matière!  Je les admire donc, d’une certaine manière, tout en me faisant du souci pour eux…mais je ne les envie surtout pas : j’ai choisi un mode vie plus paisible.

Puisque nous faisons actuellement à cause d’eux les manchettes de la province, peut-être pourrions-nous profiter de l’évènement pour procéder à une analyse en profondeur de notre milieu de vie?  Nos élus municipaux n’ont pas trop su quoi en dire… Cessons de jouer à l’autruche et parlons-en donc!  Pas pour dénoncer… parce que dénoncer n’effleure même pas l’esprit des gens d’ici qui sommes à peu près tous liés d’amitié ou de parenté à un semeur ou à un autre.  Mais parlons de la peur ; peur qu’un de nos proches se fasse arrêter ; peur de ceux qui reçoivent des menaces s’ils parlent… ou de l’argent pour se taire.  Parlons de nos enfants surtout.  Ça ne prend pas de longues études en psychologie pour constater la marque du milieu sur eux.

Quand la famille vit dans l’illégalité, l’enfant apprend le non-respect de l’autorité.  Quand les parents sèment dans le champ du voisin, qu’apprend l’enfant sur le respect de la propriété d’autrui?  Quand son entourage est dans le stress de la saison, l’enfant, lui est dans l’angoisse.  Vous êtes-vous déjà demandé quel jugement portent ces enfants sur les modèles adultes qu’ils côtoient : « Les adultes sont des personnes vraies, respectueuses et engagées socialement » ou « Les adultes sont des personnes qui essaient de m’imposer des comportements qu’ils ne pratiquent pas eux-mêmes » ou « les adultes s’enrichissent illicitement et il n’y a pas de mal à le faire »?  Serons-nous étonnés de constater que plusieurs de ces enfants dysfonctionnent à l’école et dans la société en général?

Ces dernières années, notre société a beaucoup investi pour armer les enfants contre les abus sexuels de toute sorte.  Faudrait peut-être investir également pour lever le tabou qui pèse lourd sur les épaules des enfants du cannabis : ils implosent par en dedans et auraient besoin de libérer leur conscience de ce qui l’inquiète.   Qui s’en souciera?   Nos élus municipaux (et combien de citoyens?) hésitent encore à investir pour leur donner un parc école décent… Alors peut-on espérer que l’état d’âme des enfants du Bas St-François pèsera plus lourd dans la balance du non pouvoir électoral des petits?

Peut-être que ce sont finalement les semeurs eux-mêmes qui devraient agir dans ce dossier, eux qui se soucient certainement du bien de leurs enfants.  Pourquoi les « travailleurs au noir » de chez nous ne s’imposeraient-ils pas une taxe volontaire sur leur lucrative récolte pour créer un « fond de responsabilité » destiné à améliorer la qualité de vie dans le Bas St-François?  L’argent déposé (anonymement, il va sans dire!) dans ce fond pourrait entre autre servir à payer un psychologue (ou autre intervenant de l’âme) dans nos écoles, pour tenter de redonner de l’oxygène à nos enfants…  On voit ça ailleurs dans notre société évolutive : d’autres mènent en toute légalité des activités à tout le moins aussi nocives que le cannabis (tabac, alcool, loteries, exploitation sexuelle de tout acabit) et se voient imposer (ou devraient se voir imposer) une taxe pour réparer les dégâts qu’ils causent pour s’enrichir.  Arrêtons de pelleter nos déchets dans la cour du voisin et prenons nos responsabilités, de grâce.

 

Être parent

Par Johane Filiatrault

On entend malheureusement souvent dire : « Les enfants, ça coûte cher!»  ou « Petits enfants, petits problèmes, grands enfants, grands problèmes».  Y a-t-il moyen de voir les choses autrement?

Heureusement qu’il y a les enfants!  Ils sont les plus merveilleux cadeaux qui soient, une inestimable richesse pour ceux qui les côtoient.  J’ai personnellement eu la joie d’en enfanter sept et c’est leur existence qui donne sens à la mienne.  Quand on ouvre nos bras pour y recevoir la merveilleuse et fragile chose qui vient de glisser de notre ventre, on n’a pas vraiment idée jusqu’à quel point ce petit être s’en vient bouleverser notre vie!  Son extrême dépendance nous forcera à sortir de nous-même, à nous déranger pour son bonheur, à aimer quoi.  Un enfant, c’est un gouffre sans fond qui appelle l’amour et nous pousse constamment à dépasser nos limites pour lui donner de nous ce qu’il y a de meilleur.  Qui voudrait donner du mauvais à ses enfants?  Et quand malheureusement ça se produit, il est toujours temps de nous ressaisir : soyons indulgents envers nous-mêmes (eux nous pardonne si vite que c’en est bouleversant!).

Quand nous décidons de donner la vie, à quoi nous attendons-nous : à recevoir une gentille petite copie de nous-mêmes qui flattera notre ego et dont nous serons fiers?…

Je me rappellerai toujours le choc ressenti à la naissance de mon premier fils.  «Le médecin te tenait à bout de bras sous les aisselles et il te montrait à nous.  Là je t’ai vraiment vu et j’ai eu un choc.  Je ressentais exactement ce qu’on ressent quand on fait face à un étranger.  Tu m’étais inconnu.  Je ne me sentais pas ta mère.

Puis le médecin t’a placé sur ma poitrine.  Tu as tout de suite tourné ta tête vers moi et tu m’as regardée.  J’ai plongé mes yeux dans les tiens et, dès lors, tu es devenu mien.  À travers ce regard, un lien vital s’est créé entre nous, quelque chose de très puissant.  J’ai lu dans tes yeux comme dans un livre.  Ton regard était plein de surprise, d’étonnement, d’interrogation.  Aucune peur en toi.»  Ce premier regard que nous avons échangé n’était pas celui d’un bébé face à un adulte : nous étions deux êtres humains qui communiquions d’égal à égal.

Être parent, c’est aider un autre être à atteindre son plein épanouissement.  Comment?  En lui ouvrant nos entrailles, jour après jour, en le laissant nous atteindre et nous remettre en question.  Nous l’avons aimé tout petit et sans défense et voilà que, progressivement, il se confrontera à nous, étape obligée vers l’autonomie.  Mon aîné et moi sommes ressortis égratignés de son adolescence (il aura bientôt 17 ans), mais notre lien s’est resserré.  Il n’est pas comme j’aurais voulu qu’il soit : il est lui-même et c’est parfait comme ça.  Il a appris à respecter mes limites et j’ai appris à respecter ce qu’il est.  Tous les enfantements sont douloureux… et l’adolescence enfante un adulte.

Je me rappelle les innombrables heures que j’ai passées avec ravissement à regarder vivre mes enfants, tous les merveilleux instants de tendresse partagée…  heures très douces; joie parfaite : celle d’être parent.

 

Roses, mais fiers!

Par Johane Filiatrault

Chapeau les gars!  La radio de Radio Canada diffusait récemment une entrevue avec des femmes étrangères immigrées au Québec : l’une provenait du Mexique, l’autre d’un pays musulman, une autre de l’Italie, etc.  La question posée à ces femmes : «À quel endroit sur la planète trouve-t-on les hommes les plus ‘roses’ ? »   Elles ont été tout à fait unanimes : chez nous au Québec.

On ne doit bien sûr pas généraliser; des hommes machos et égocentriques, il y en a encore trop, chez nous comme ailleurs.  Mais il faut quand même se réjouir de cette avancée culturelle : que nos hommes remportent la palme dans ce domaine est incontestablement une victoire pour nous également, les femmes.  Victoire aussi de toutes nos ancêtres qui, depuis le douloureux enfantement de la fragile colonie de Nouvelle France, ont courageusement œuvré aux côtés de leur homme pour bâtir ici une terre de liberté et de justice, et qui se sont gagnées, par leur fierté et leur droiture, le respect de leur conjoint comme de leurs fils, d’une génération à l’autre.

Un homme rose c’est quoi?  C’est un homme ayant compris qu’une femme ne se conquiert pas qu’une seule fois.  Il ne prend pas sa conjointe pour acquise et investit beaucoup d’énergie pour reconquérir chaque jour celle qu’il aime.  Il sait aussi que, pour conquérir une femme, il ne s’agit pas seulement de faire l’étalage de sa puissance (comme on l’observe chez les animaux en période de rut!) mais qu’il s’agit surtout de manifester un réel intérêt pour son bonheur à elle et celui de ses enfants, dû-t-il pour cela sacrifier une partie de son plaisir à lui.

Vous rendez-vous compte, femmes du Québec, que vous êtes nées sous les cieux les plus favorables au monde?  Réalisez-vous que vous avez plus de chances de vivre heureuses que si vous aviez vu le jour n’importe où ailleurs?  Il y a ici au kilomètre carré plus de «spécimens mâles» potentiellement capables d’écrire avec vous une belle histoire d’amour qui dure que nulle part ailleurs sur la planète!  Encore faut-il que nous y mettions du nôtre!  Élever nos filles comme des princesses gâtées et capricieuses risque fort de gâter la sauce; ça ne vaut guère mieux que la pas si lointaine époque où on élevait les gars comme s’ils étaient les rois et maîtres.  Si la libération de la femme nous mène à écraser tout ce qui est masculin autour de nous, elle se solde incontestablement par un échec.  Est-il possible, mesdames, de nous élever fièrement jusqu’à notre juste place sans abaisser durement les hommes au côté desquels nous évoluons?

Les filles ont souvent le haut du pavé actuellement : meilleurs dossiers scolaires; meilleures chances pour les femmes dans les causes de divorces, de pensions alimentaires ou de garde d’enfants (les hommes s’y sentent souvent lésés, à tort ou à raison);  attitudes dominantes des femmes par rapport aux hommes dans plusieurs publicités.  Résultat : les gars ont du mal à trouver leur place.  Heureusement, on commence à parler de la souffrance des garçons à l’école où ils se voient imposer une manière d’apprendre peu adaptée à leur masculinité.  Ils ont droit à leur différence…et il est grand temps qu’ils retrouvent confiance en eux!  C’est d’ailleurs à une conclusion similaire qu’en venaient les immigrantes de l’entrevue radiophonique : les hommes d’ici font d’excellents conjoints, mais elles les aimeraient… un tantinet plus séducteurs.  Plus fiers d’être mâles, quoi!