Dieu providence et Dieu Père

Travaux de théologie – Par Jean Beauchemin, le 20 mars 2008

1.  Comment interprétez-vous Matthieu 6, 25-34?  Peut-on y voir en même temps une affirmation et un renversement de l’idée de providence divine?

En Matthieu 6, 25-34, il est évident que le Christ veut, en partant de ce que son auditoire connaît de la Providence, les conduire à comprendre les vues de Dieu sur l’humanité. Ses vues vont au-delà de ce qu’on avait compris à ce moment d’un Dieu aimant qui voit à ce que ses enfants soient pourvus des biens essentiels et plus encore.

Pour les gens de son temps, l’élection divine était confirmée par l’abondance des biens qui leur étaient donnés par la vie (ou par Dieu).  « Observez les lis des champs, comme ils poussent: ils ne peinent ni ne filent.  Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. » (Mt 6, 28b-29)  Il ne s’agit donc pas d’une Providence qui se contente de donner le nécessaire, non plus d’une Providence qui assure l’abondance.  Il s’agit d’autre chose.  Quand le Christ leur parle ainsi, il essaie de leur faire voir que s’abandonner à la Providence va au-delà de ces choses terrestres. PLUS PRÉCISÉMENT, IL LES INVITE À NE PAS SE PRÉOCCUPER OUTRE MESURE DU NÉCESSAIRE À LA VIE, NON PAS PARCE QUE CE N’EST PAS NÉCESSAIRE, MAIS PARCE QUE DIEU Y POURVOIR. L’ENSEIGNEMENT COMMENCE DONC PAR UNE AFFIRMATION DE LA FOI EN LA PROVIDENCE DIVINE. Il veut leur faire voir ce à quoi Dieu nous invite: la confiance de la foi.  Le texte veut nous manifester qu’il est évident pour Dieu d’assurer à ses enfants le nécessaire pour leur vie, comme tout bon parent le ferait. BIEN! « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l’en prient! » (Mt 7,11)

Le Christ nous invite à participer à l’œuvre de Dieu, en lui demandant par l’Esprit Saint de nous révéler son dessein sur nous et sur le monde.  Tout est là.  « Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. »  (Mt 6, 33)

Il s’agit de convertir notre désir ou d’orienter nos prières et nos actions vers l’accomplissement d’un monde tourné vers Lui, uni dans la réalisation du règne de l’Amour dans le monde. BIEN! MAIS IL SERAIT BON DE NOTER AUSSI LE RENVERSEMENT DE NOTRE FOI EN LA PROVIDENCE DIVINE : NOUS SOUCIER D’ABORD DU ROYAUME, DES INTÉRÊTS DU PÈRE PLUTÔT QUE DES NÔTRES En entrant dans cette volonté de Dieu sur nous, on sort du réflexe premier de vouloir obtenir pour soi des privilèges ou autres biens matériels.  On pénètre dans le mystère de la participation de l’humanité à la réalisation du Royaume de Dieu « car là seulement se trouve l’ultime accomplissement de l’être humain » (Notes de cours, p.77)

Cette attitude-là nous place dans un état de vigilance qui nous dispose à contrer le mal.  Le mal qu’il nous faut redouter n’est pas celui qui s’attaque au corps mais celui qui tue l’âme, « celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l’âme et le corps » (Mt 10,28)  Il s’agit ici du mal qui nous divise intérieurement, qui nous empêche de placer notre âme et notre corps au service de Dieu, seule chose qui puisse vraiment nous combler.

Combien d’entre nous ont expérimenté dans leur vie s’être détaché des préoccupations terrestres et avoir dès lors goûté la profondeur de vérité livrée par le Christ en Mt 6, 25-34 ?  Personnellement, lors du décès accidentel de mon frère aîné, au moment où nous étions tous réunis, mes parents nous demandèrent qui voulaient manger puisqu’il était l’heure du repas.  Nous n’avions pas faim mais comme à l’accoutumée, nous avons demandé à mon père de faire une prière.  Spontanément mon père a entonné le bénédicité chanté: « Nos cinq pains et nos deux poissons ».  À l’amen, un camion entrait dans la cour: c’était un propriétaire de dépanneur du village qui avait eut l’idée d’apporter un plein chargement de nourriture, sachant que la famille était nombreuse.

Voilà ce qu’est la Providence divine: nous n’avions pas la préoccupation de comment nous allions nourrir les 50 à 60 personnes qui allaient défiler à la maison, mais nous étions plutôt absorbés par l’expérience que nous partagions alors, cherchant à nous émerveiller des signes que Dieu avait déjà accompli dans la mort de ce frère rebelle, qu’Il nous manifestait comme réconcilié désormais.  Alors que la famille, spontanément, s’était tournée vers le sens spirituel de l’évènement, Dieu, Lui, à travers la charité d’un marchand, s’est assuré de nous pourvoir en tout le nécessaire.

9/10  TRÈS BIEN!

4. Doit-on considérer l’appellation chrétienne de Dieu-Père comme un vestige de

    l’antique société patriarcale?

La désignation de Dieu en tant que père remonte bien loin dans l’histoire humaine. Elle est venue naturellement dans l’imagerie sur Dieu parce qu’elle correspondait à la conception que nous nous faisions d’un être pourvoyeur et protecteur. En effet les sociétés, qu’elles soient familiales ou civiles, étaient fondées sur le modèle patriarcal. Cela impliquait que chaque membre du groupe avait un rôle pré déterminé basé sur un schéma hiérarchique qui donnait au père la position de tête; le père tenant la place d’autorité, les autres membres du groupe avaient des fonctions de service. Les sociétés civiles ne firent que reproduire le système existant dans les communautés familiales. BIEN!

Ce système avait l’avantage d’assurer à chacun une place et un rôle à jouer dans le groupe, mais il était quasi impossible de changer cette situation sans s’exposer à la mort. C’est de ce constat – celui de l’aliénation des individus dominés – qu’a surgit la conception des sociétés modernes dans lesquelles il n’est plus nécessaire de se plier au modèle ancien, foncièrement patriarcal. Les individus d’aujourd’hui ont la possibilité de se distinguer (ET MÊME DE SE SÉPARER) par rapport au groupe d’appartenance; on reconnaît sans malaise que tous les humains sont égaux et ont les mêmes droits. Les sociétés sont de plus en plus bâties sur le principe que nous sommes tous frères et sœurs; c’est sur le modèle d’un « contrat social » plutôt que sur le modèle hiérarchique que se structurent les sociétés actuelles.

Il n’y a donc plus – ou en tous cas, de moins en moins – de références évidentes à faire entre la constitution des communautés familiales ou la hiérarchie patriarcale de la religion (avec comme figure de proue Dieu Père), d’une part, et la structure des sociétés civiles, de l’autre. Ces conceptions ont été à l’origine de beaucoup d’excès et répugnent à beaucoup de nos contemporains. Il y a de toute évidence une modification importante de la perception du sens de l’appellation de Père apposée à Dieu. Dans la Bible, elle est synonyme de Patriarche, au sens de responsable, ou plutôt d’initiateur de l’Alliance. ??? DANS L’A.T., DIEU EST DIT « PÈRE » EN TANT QU’AUTEUR DE L’ALLIANCE, PLUTÔT QUE EN TANT QU’AUTEUR DE LA VIE. CE N’EST DONC PAS AU SENS PATRIARCAL. C’EST PROBABLEMENT CE QUE VOUS VOULEZ DIRE, MAIS IL FAUDRAIT LE PRÉCISER. Dieu est celui qui assure la justice et défend l’étranger dans un contexte où  toutes les nations sont invitées à se reconnaître comme étant de la descendance d’Abraham. Le lien de communauté familiale – appliqué par extension au clan – est brisé et fait place à l’universalité de l’Alliance: nous sommes tous frères et sœurs sous le regard de Dieu. TRÈS BIEN!

Mais la conception paternaliste (PATRIARCALE) est encore trop présente dans certains milieux y compris dans les milieux ecclésiaux et pose un problème de crédibilité. Les sociétés modernes ne se reconnaissent plus dans le rapport patriarcal, dans la mesure où le concept ne concède pas le droit à «l’émancipation et la libération par rapport au père» (Jean Lacroix, Force et faiblesse de la famille, Paris, Édition du Seuil, 1948, p.13); il faut, par conséquent, que les institutions arrivent à faire ressortir le côté bienveillant du rôle qui leur est dévolu. D’ailleurs, ce Dieu, que le Christ lui-même appelle Abba  (Père), se manifeste en contestant l’ordre existant ; il fait sortir le peuple juif d’Égypte, il nous invite, par les paroles du Christ, à ne reconnaître la paternité qu’en Dieu seul, nous décrétant tous frères et sœurs et donc égaux.  Il nous appelle ainsi à jeter un regard nouveau sur l’ordre social… dans la perspective où nous sommes plus que des enfants: nous sommes des fils et des filles par adoption filiale, tous appelés à jouir de l’Alliance.

9.5  TRÈS BIEN

S’AGIT-IL ICI (DANS CE QUI SUIT) DE LA QUESTION 5? MAIS IL N’Y A PAS DE RÉFÉRENCE À L’AUTEURE : R. RUETHER-RADFORD.

CE QUI SUIT SE RAPPORTE PLUTÔT À LA QUESTION 5. VOUS POURRIEZ VOUS CONTENTER DE MONTRER ICI QUE CE DEUXIÈME SENS DE « PATRIARCAL » (DOMINATION DE L’HOMME SUR LA FEMME) DÉCOULE DU PREMIER. Il subsiste un malaise important en ce qui concerne le rapport de la femme et de la mère à la structure patriarcale des rapports sociaux et cela particulièrement dans les sociétés religieuses. L’Église, qui est l’une de ces sociétés, tout en reconnaissant l’égalité des sexes, tarde à reconnaître le plein accès des femmes aux mêmes fonctions que les hommes. Il y a, conséquence de cet état de fait, émergence de mouvements féministes contestant la «dénomination exclusivement masculine de Dieu dans le christianisme» (p.135). On voit, dans cet exclusivisme masculin, les bases d’une société discriminante pour les femmes, et, dans l’image d’un Dieu Père, une assise pour le maintien du statu quo des rôles dans l’Église. Les femmes prennent conscience de leur identité propre et se reconnaissent de moins en moins dans un christianisme où Dieu ne s’adresse pas à elle autrement que par l’intermédiaire d’un homme.

À mon avis, la conception d’un père dominant est une compréhension erronée de ce que le Christ nous en a révélé. Dieu est présenté en tant que Père mais l’Esprit qui l’anime, la « Rouah », incarne la féminité qui L’habite (CETTE INTERPRÉTATION DE L’ESPRIT-RUAH N’EST TOUT PROBABLEMENT PAS EXACTE.) «Dieu est Père, mais plus encore Il est Mère» ( Jean-Paul I, Angélus du 10 septembre 1978, Documentation catholique, vol. 75, p.836). La tendresse dont Dieu fait preuve est une tendresse toute maternelle. Mais notre perception du rôle du père est altérée par l’expérience difficile de l’émancipation des femmes. Beaucoup d’hommes ont de la difficulté à se resituer dans leur rapport à la famille, aux enfants et à la femme. Plusieurs ont adopté une attitude de refus du changement, ont tenté, ou tentent encore, de maintenir les femmes dans la servitude. Elles se sentent dévalorisées, infantilisées et n’ont que plus envie encore de rejeter le concept de père – et par extension de Père. Il y a dans cela une faute malheureuse que nous portons tous, parce que de tout temps les rôles de mère et de père ont été une source prolifique de vie et d’amour, de protection mutuelle dans des sphères plus naturelles et plus spontanées à chacun d’eux. Dieu ne nous a-t-il pas fait homme et femme à Son image et à Sa ressemblance? Dieu nous appelle à une maturité pleinement assumée, dans un rôle d’adulte responsable de lui-même et des autres, et les femmes ont depuis longtemps démontré leur capacité à s’acquitter de cette tâche.Quant à l’image du Père, si, effectivement, notre visage du père est modifiée, si notre expérience de paternité est renouvelée, si nous avons la chance de côtoyer des pères bienveillants et des pasteur(e)s soucieux (ses) de ceux qui leur sont confié(e)s, nous n’aurons désormais plus de problèmes avec l’appellation chrétienne de Dieu Père.  Elle nous semblera désormais juste et bonne parce qu’elle correspondra dans notre vécu à une expérience bienfaisante et vivifiante.  C’est aux pères et aux pasteurs à correspondre au bienveillant visage de Dieu Père.  Non pas au Père de se révéler autrement pour ne pas être identifié aux mauvais pères et aux mauvais pasteurs dont nous avons trop souvent sous les yeux le triste exemple.

8/10

NOTE DU TRAVAIL : 26.5/30

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