La mission aujourd’hui?

Travail de Missiologie – Par Jean Beauchemin et Johane Filiatrault, le 9 novembre 2007

1.  Sachant que les autres sociétés humaines disposent déjà de leurs propres systèmes religieux qu’elles regardent comme autant de voies satisfaisantes de salut, comment pensez-vous justifier la finalité de la mission?  Celle-ci ne vous semble-t-elle pas inutile dans ce cadre, voire saugrenue dans le sens où elle tendrait à vouloir s’imposer ailleurs coûte que coûte?

« Voici qu’en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités, mais sur toi le Seigneur va se lever et sa gloire, sur toi, est en vue. »  Isaïe 60,2

Est-ce qu’en regardant les autres sociétés (Afrique, Inde, etc) on perçoit les personnes qui les composent comme étant vraiment épanouies et libres telle que voulues par Dieu dans son bienveillant dessein pour l’humanité?  Les enfants soldats, les enfants esclaves exploités au travail, les enfants prostitués et exploités sexuellement, les enfants hyper sexualisés et sur consommateurs de nos sociétés à nous, les femmes maintenues en soumission comme de perpétuelles mineures dans les sociétés islamiques, les femmes excisées en Afrique, les femmes discriminées dans notre Église même, est-ce là le monde de respect et de joie rêvé par Dieu ?  Si la réponse est non, nous avons là une justification très forte à la mission de l’Église.

Peu importe ce qui est la culture ou la religion de l’autre, on est appelé à lui révéler qu’il ou qu’elle est conçue pour la rencontre du Tout Autre, que cet appel à la rencontre est inscrit dans les racines profondes de son âme.  Il y a dans tout être humain une aspiration à l’absolu qui se manifeste de toute sorte de manière – en devenant Caligula ou Mère Térésa.  Il s’agit d’un besoin incontournable, primal et viscéral, qui peut mener l’être humain à tous les excès: excès de consommation, de pouvoir politique, excès de déchéance, de dépression, excès de dévouement à une cause pouvant même conduire au martyr, excès de mortification, de don de soi à la cause humaine – y compris même excès d’Amour.  Dans tous ces excès, négatifs ou positifs, la même soif « d’explosion » de soi est manifestée.  Seul un Absolu divin peut assouvir ce besoin viscéral d’absolu qui hante l’être humain.  Pouvons-nous nous taire face à cette quête dramatique de nos contemporains?

« Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront. »  Luc 19, 40

Tout chrétien est fondamentalement un transmetteur du trésor qu’il porte en un vase d’argile.  Saisis par le Christ, nous devenons donneurs de vie.  Nous qui avons été libérés par le Christ, et remplis de Sa lumière, nous devenons à notre tour des libérateurs pour nos frères et sœurs.  Cela se produit par une sorte d’osmose qui est un phénomène naturel: la simple présence d’un chrétien profondément converti dans une société est par elle-même un agent de transformation; ne citons que Martin Luther King, mère Térésa, Jean-Paul II, frère Roger, qui, protestants ou catholiques, ont profondément métamorphosé les sociétés.  La paix et la joie établies par Dieu dans une âme ne peuvent que se transmettre.  Être missionnaire, c’est laisser la graine, semée en nous par l’Esprit, parvenir à maturité, devenir un grand arbre et porter du fruit capable de nourrir une multitude.

2.  Si l’on vous disait qu’en raison d’un surdéveloppement de l’humanitaire, l’entreprise missionnaire n’était réellement plus nécessaire, quelle serait votre réponse pour continuer à justifier l’activité missionnaire?

 

Il restera toujours des couches plus profondes de l’être humain à civiliser, à évangéliser, à ressusciter.  Les sciences modernes ont démontré qu’une partie du cerveau est conçu pour la rencontre de l’Absolu, « le cerveau mystique ».  L’être humain a donc besoin, pour son équilibre, de nourrir cet aspect là de son être pour s’épanouir harmonieusement et pleinement, tout comme l’aspect rationnel ou affectif ou corporel de sa personne.  Même si tous les autres besoins humains seraient comblés par un surdéveloppement de l’humanitaire, il resterait les besoins spirituels inscrits dans l’homme.

Selon nous, les termes « entreprise missionnaire » et « activité missionnaire » sont faussés à la base, parce qu’il n’existe pas un tel moment où on est en entreprise missionnaire ou en activité missionnaire; il existe une vie où chaque moment, chaque geste, chaque pensée, est imprégné de la présence de Dieu, Lui qui aspire à se répandre partout et en tous, faisant de notre personne entière et à tout moment un être missionnaire.  « Je suis venu jeter un feu sur la terre et comme je voudrais que déjà il fut allumé! » Luc 12, 49

Certaines spiritualités anciennes ou actuelles nous enseignent que l’être humain est un tout, qu’on perd à vouloir compartimenter.

 

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