Sur Dieu provident et Dieu Père

Travaux de théologie – Par Johane Filiatrault, le 16 mars 2008

1.  La doctrine de la providence en Matthieu 6   

Comment interprétez-vous Matthieu 6, 25-34 ?  Peut-on y voir en même temps une affirmation et un renversement de l’idée de providence divine?

Cet extrait du sermon de Jésus sur la montagne nous parle des besoins fondamentaux de l’être humain pour sa survie physique, soit l’alimentation et le vêtement, soucis légitimes – qui se transforment parfois en inquiétude – qui sont souvent le “système d’allumage” (la motivation) du travail humain: nous “gagnons” notre vie.  Jésus nous amène dans cet enseignement à voir que Dieu a conscience de nos besoins, et qu’il y pourvoit, comme Il pourvoit aux besoins de toutes ses créatures.  Plus encore, même, puisque nous sommes non seulement ses créatures, mais ses enfants par adoption!   Le Maître nous invite donc à faire confiance à Celui qui s’est engagé envers nous par l’Alliance, comme des enfants bien-aimés font confiance à leur Père aimé: c‘est la seule attitude qui sied à un enfant de Dieu. TRÈS BIEN!

Mais Jésus va beaucoup plus loin encore: non seulement il veut que nous nous dégagions de toute inquiétude par une foi profonde en la Providence, mais il veut également que cette foi d’enfant soit accompagnée en nous d’un solide engagement, mature et responsable, fruit d’une foi adulte.  En effet, il nous invite à dépasser le stade de simple récepteur des grâces divines pour passer au stade d’acteur proactif, oeuvrant en Lui, in personna Christi, à faire advenir le règne de Dieu dans les coeurs et dans les structures sociales.  “Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.” (Mt 6,33) TRÈS BIEN! Commençons d’abord par nous préoccuper de Ses affaires, agissons comme Il agirait, et soyons assurés qu’Il s’occupera de tous nos besoins. VOILÀ PRÉCISÉMENT EN QUOI CONSISTE LE « RENVERSEMENT » DONT IL EST QUESTION ICI. Il s’occupera d’abord, en tout premier lieu, de nos besoins spirituels, sans négliger nos besoins plus terrestres, parce que “l‘homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu” (Mt 4,4) .  Celles et ceux qui ont dépassé dans leur vie le “stade païen” le savent d’expérience: bien manger et se joliment vêtir ne rassasie point le fond de l’être et ne le remplit point de joie. Le vide spirituel appelle l’Esprit Saint, le désir de justice appelle le Royaume: seules réalités capables de combler de joie le genre humain!

Bien que ce concept ne soit pas contenu en Mt 6, on peut compléter notre esquisse du Dieu provident par une brève réflexion sur Mt 10,26-31.  Le soin que Dieu prend de nous ne se limite pas seulement à pourvoir à nos besoins, mais également à assurer notre protection contre les dangers. Et en matière de dangers, Jésus nous apprend en Matthieu 10 à craindre le mal qui s’attaque à l’âme plutôt que celui qui menace le corps, dans la même logique où il nous enseignait à ne chercher que l’Esprit Saint et le Royaume, le reste nous étant déjà promis.  Notre Père se soucie de la santé de notre corps et des dangers qui la menace, même nos cheveux sont tous comptés; tout ce qui nous arrive, donc, est permis par Lui.  Nous n’avons alors rien à craindre physiquement puisque tout – accidents et agressions compris – concourra à notre bien spirituel.  Jésus nous apprend que la seule menace que nous devons craindre, c’est l’atrophie de l’âme, la seule qui dépend finalement de notre liberté et sur laquelle nous avons un réel pouvoir.  De même, nous n’avons pas le pouvoir ultime d’assurer à notre corps le boire et le manger, mais nous avons toujours le pouvoir de décider librement de chercher à faire la volonté de Dieu.

Dans tous les domaines des besoins humains fondamentaux, le Christ nous enseigne ici une remise entière de nous-mêmes entre les mains aimantes de Dieu, comme un petit enfant s’abandonne sans crainte à son parent.  Il nous appelle du même souffle à nous engager avec toutes nos énergies aux oeuvres spirituelles. TRÈS BIEN!  Il nous engage dans un combat spirituel contre les puissances du mal qui entravent la paix en ce monde, un combat dont la seule arme nous est donnée en ces paroles de la Vierge: “Je suis ta servante, Seigneur, que tout m’advienne selon ta Parole” (Luc 1,38).  Cette arme consiste en la rencontre de deux libertés qui se confient une à l’autre, qui se remettent l’une à l’autre la conduite de leurs “affaires” personnelles, tout en se promettant mutuellement un engagement total à servir entièrement les intérêts de l’autre.  Cette arme est l’Alliance, ni plus ni moins, gage d’épanouissement humain, et gage du Règne de Dieu.

10/10  EXCELLENT!

5.  D’après Rosemary Radford Ruether, en quoi l’image biblique exclusivement     masculine de Dieu fait-elle problème?  Qu’en pensez-vous?

Selon Mme Radford Ruether, l’image biblique exclusivement masculine de Dieu a provoqué une expérience d’aliénation chez les féministes.  Cette image véhiculée dans les Écritures reflète, selon elle, l’idéologie des sociétés patriarcales – un Dieu unique et exclusivement masculin renforcerait leur pouvoir en le justifiant – bien que toutes les sociétés patriarcales n’aient pas eu recours à un tel renforcement pour asseoir leur autorité.  La femme serait alors perçue comme ayant un statut secondaire, subordonnée à l’homme.  Dans cette vision du monde, les hommes possèdent l’image de Dieu sur un mode primaire, alors que les femmes ne sont en relation à Dieu que par l’intermédiaire de l’homme, leur “chef”. BIEN, MAIS IL SERAIT BON D’EXPLIQUER UN PEU CHACUNE DE CES AFFIRMATIONS DE L’AUTEURE.

 Elle affirme que, dans la Bible, Dieu ne s’adresse directement qu’aux dominants mâles, et que les autres – femmes, enfants, esclaves, ne le rencontrent que par l’intermédiaire de cette classe dirigeante patriarcale.  Elle souligne également que Paul, et avec lui, toute la pensée néo-testamentaire, renforce cet ordre de relations patriarcal en affirmant que “le chef de tout homme, c’est le Christ; le chef de la femme, c’est son mari”.  Le problème est donc que l’image masculine de Dieu véhiculée par la Bible renforce le comportement aliénant des hommes par rapport aux femmes.

Je pense que ses propos comportent une grande part de vérité, à condition d’apporter quelques nuances.  Nous sommes conscients en effet que, bien avant l’existence des Écritures saintes, plusieurs représentants mâles de l’espèce humaine – ceux qui ont tendance à tirer avantage de leur force physique pour asseoir leur autorité – avaient déjà des comportements de domination par rapport aux représentantes femelles de l’espèce. Nous savons que ce problème est vieux comme le monde et ne dépend pas seulement du fait que Dieu se soit révélé comme Père, Époux et Fils.  Je ne suis pas convaincue qu’un homme qui tient sa femme en sujétion le fait parce qu’il s’identifie au Dieu mâle!  Je ne suis pas non plus convaincue que le fait que les hommes aient structuré les sociétés de façon à maintenir leur statut de dominants (sociétés patriarcales) dépendent des écrits bibliques ou des images véhiculées par la Bible.  Il est naturel aux dominants de vouloir maintenir leur pouvoir: nul besoin de religion pour les y encourager – quoique que, selon moi, l’islam est une religion qui peut encourager le statu quo dominants dominées et que, effectivement, la foi judéo chrétienne telle que véhiculée dans les Écritures peut également être interprétée comme une justification du pouvoir au masculin.  Mais, il y a également dans les Écritures des ferments de libération pour les femmes. TRÈS BIEN! La Bible en effet remet parfois en question la perception patriarcale de la femme.  Si la Bible n’était que le reflet de la société patriarcale, pourquoi y aurait t’on inclus un livre comme celui de Judith où une femme fait la barbe aux chefs de son peuple en prenant le leadership des opérations qui ont mené à la libération des siens?  Pourquoi avoir écrit le livre d’Esther où une femme, malgré tous les “défauts de son sexe” (comme on aurait dit à une autre époque), malgré sa timidité, son manque de confiance en elle et son manque de courage, a réussi à se vaincre pour faire ce qu’aucune autre qu’elle ne pouvait faire: obtenir du roi le salut de son peuple?  Pourquoi avoir inclus dans le canon des Écritures le fameux Cantique des Cantiques qui chante de façon magnifique l’égal pouvoir qu’on l’un sur l’autre l’époux et l’épouse, tout en affirmant sans équivoque que seul l‘Amour est tout-puissant?  Ne sont-ce pas là des éléments qui viennent miner le patriarcat dominateur?  Alors pourquoi les avoir inclus dans les Écritures saintes, sinon justement pour ouvrir une brèche capable de faire échec à ce type de rapports humains?  Il est d’ailleurs significatif que certaines grandes familles chrétiennes n’aient pas inclus dans leur canon ces livres révolutionnaires : tous ne sont pas prêts à accepter le risque de la perte du « pouvoir au masculin ».

Quand Mme Radford Ruether parle des femmes, enfants et esclaves qui ne rencontrent Dieu que par l’intermédiaire des classes dirigeantes patriarcales, elle me semble oublier des personnages bibliques importants:  la vierge Marie, Marie Madeleine, Judith, Déborah, Samuel enfant, Élizabeth et Jean qu’elle portait, la Samaritaine, la fille de Jaïre, la femme qui a oint de ses larmes les pieds de Jésus, celle qu’on voulait lapider, les enfants que Jésus bénissait et qui lui étaient sans doute amenés par leur mère,et j’en passe.  Toutes ces femmes et enfants ont eut directement accès à Dieu ou au Fils de Dieu, sans intermédiaire masculin; certaines ont même joué des rôles de leader dans la société de leur temps. TRÈS BIEN! On est loin ici de la “femme privée, par elle-même, de l’image de Dieu ou de relation directe avec Dieu”.  (Rosemary Radford Ruether, La féminité de Dieu, p. 94)  Comment faut-il percevoir ces “échappées” (= IRRUPTIONS PROPHÉTIQUES) dans des Écritures saintes supposées être le reflet et le pilier des sociétés patriarcales?  Comme autant de grains de sable dans les rouages du système patriarcal?  Mais alors, ces mêmes Écritures saintes ne peuvent que provoquer la chute d’un tel système, inévitablement, puisqu‘elles ouvrent la porte à une autre vision des choses; en fait, elles ouvrent la porte à la vision divine des choses.  Les Écritures disent en effet qu’il a créé homme et femme à son image et à sa ressemblance.

En fait, je pense comme l’auteure que certains textes bibliques sont teintés de la pensée mâle dominatrice et non aimante vis à vis de la femme. « Du vêtement sort la teigne et de la femme une malice de femme.  Mieux vaut la malice d’un homme que la bonté d’une femme » (Si 42, 13-14) en est sans doute l’exemple le plus frappant; le texte de Paul également, cité par l‘auteure.  On est en droit d’être désolés que les pères qui ont entériné le canon des Écritures aient laissé passer de tels reflets d’une vision erronée du rapport homme femme.  Ils ont été en cela tributaires de la mentalité de leur époque, pas encore tout à fait purifiée par le renouveau de l’Esprit. Mais ne faut-il pas surtout s’étonner de la puissance aimante de Dieu qui les a conduit à introduire dans les Écritures saintes des livres aussi révolutionnaires que Judith, Esther ou le Cantique?  N’est-ce pas là, tout à fait, l’Esprit Saint à l’oeuvre?

Ce n’est donc, selon moi, pas vraiment la Bible qui fait problème puisque qu’on peut comprendre qu’elle soit, en grande partie, le reflet des anciennes mentalités; et libre à nous de faire la part des choses pour arriver à les dépasser.  C’est plutôt l’institution religieuse qui est en faute quand elle cherche à maintenir à tout prix des rapports et des rôles

10/10  EXCELLENT

NOTE GLOBALE DU TRAVAIL : 28.5/30

N.B. 1.5 A ÉTÉ ENLEVÉ EN RAISON DE LA QUESTION MANQUANTE.

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