Sur Dieu Tout-puissant et souffrant

Travaux de théologie – Par Johane Filiatrault, le 3 mai 2008

1.  Montrez comment le Dieu de l’alliance est nécessairement un Dieu tout-puissant et souffrant.

Yahvé, le Dieu qui s’est révélé dans la Bible, s’est d’abord manifesté comme tout-puissant dans la libération de son peuple, alors esclave du puissant pharaon d’Égypte. TRÈS BIEN. MAIS IL SERAIT BON DE COMMENCER IMMÉDIATEMENT AVEC LE CONTEXTE DE L’ALLIANCE. CE DIEU TOUT-PUISSANCE EST LE DIEU DE L’ALLIANCE. ET ON A VOULU FAIRE ALLIANCE AVEC LUI PRÉCISÉMENT PARCE QU’IL EST TOUT-PUISSANT, POUVANT AINSI DÉLIVRER DE TOUT ADVERSAIRE SI PUISSANT SOIT-IL. Sa toute-puissance se perçoit également dans la création, lorsqu’il vainc le chaos; puis dans la création nouvelle qu’est la résurrection.  « Ce même processus de communication de la puissance divine en vue de la création nouvelle atteint encore une étape ultérieure quand le Christ  ressuscité remet aux disciples son propre pouvoir »(notes de cours, p. 142), par le don de l’Esprit.  La toute-puissance de Dieu s’exerce d’abord envers les opprimés et les petits de ce monde pour les rendre libres et heureux.  Elle est une toute-puissance d’amour.  « La toute-puissance signifie alors qu’aucune puissance de ce monde ne peut triompher de Dieu, l’empêcher de réaliser notre salut. » (Notes de cours, texte no 41, p. 325)

Ce Dieu a créé des êtres qu’il aspire à conduire à leur pleine liberté.  Une fois sa créature suffisamment libérée et mature, il cherche par tous les moyens à entrer en alliance avec elle, concluant un engagement de service et d’amour mutuel. L’ALLIANCE NE VIENT-ELLE PAS D’ABORD? N’EST-CE PAS LE CONTEXTE PRÉSUPPOSÉ À TOUTE LIBÉRATION? Parce que l’amour de Dieu est d’une grandeur infinie, il ressent en lui-même l’ardent besoin d’avoir un(e) (ou mieux, plusieurs) vis-à-vis : l’Amour a besoin d’aimer.  L’être humain vit la même chose : l’amour vrai le porte à chercher à tout prix le bien de l’être aimé, dut-il le pousser jusqu’à ses dernières limites, pour lui permettre de se dépasser et d’atteindre sa pleine stature.

Dès que Dieu entre en alliance avec l’être humain, il s’expose à l’infidélité de son vis-à vis, infidélité dont il souffrira certainement. TRÈS BIEN! Dieu souffre parce qu’il aime, parce qu’il se sent concerné par le sort de sa créature, parce que notre propre souffrance l’atteint.  Dieu souffre aussi parce que c’est la seule voie possible pour toucher le cœur des êtres humains qui choisissent de suivre la voie du bourreau, du dominateur, du profiteur.  Il souffre pour racheter le mal qu’ils font (que nous faisons).  Il souffre pour manifester à quel point il aime sa créature, même méchante et ingrate, pour lui manifester sa miséricorde : plutôt que de la détruire comme elle le mérite, il invite sa créature à pleurer avec lui.

La toute-puissance de Dieu se trouve manifestement inversée (ET EN MÊME TEMPS MANIFESTÉE) en Jésus le Christ crucifié, parce que, à tout moment de sa vie, il renonce volontairement à la puissance.  Particulièrement au moment de son agonie à Gethsémani, ces paroles, « Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux », donnent tout leur relief à ces autres paroles de Jésus, « Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges? ».  Jésus est le Verbe divin, celui qui nous révèle parfaitement le Père, et ici surtout, il nous donne une éclatante leçon.  Je le paraphraserais en disant : « Le désir profond de mon être est de me réaliser, de m’épanouir et de manifester au grand jour qui je suis (Fils du Dieu tout puissant et vainqueur en tout par l’amour). Mais il existe pour moi un bien supérieur à mon bien propre : le bien de mon peuple.  Et c’est pour le bien de mon peuple que j’accepte d’être anéanti pour un temps, pour leur manifester à quel point ils et elles ont du prix aux yeux de mon Père et à mes yeux propre. »

En terminant, je demeure avec des questions pour ce qui est du tsim-tsum juif. En tant que parent moi-même, j’ai du mal à voir dans le don de la vie à un autre être une autolimitation de soi.  C’est selon mon expérience, au contraire, une extension de soi, un prolongement de soi-même, une façon de manifester puissamment ce que l’on est, une grande joie.  J’ai du mal à voir que Dieu se soit limité en créant le monde; il s’est, me semble-t’il, au contraire, « extensionné »!  Il avait trop d’amour à donner, et il a explosé!   Je comprends cependant qu’il y a une mort à soi-même à vivre, en tant qu’être humain imparfait et limité, quand il s’agit de faire taire notre ego pour prêter l’oreille à une nouvelle vie qui tend à s’affirmer et à prendre sa juste place, et quand il s’agit de nous mettre au service de cette nouvelle vie.  Une souffrance effectivement s’ensuit parce que notre ego rechigne à diminuer pour que l’autre grandisse.  Mais est-ce que le Dieu tout-aimant vit, lui, ce douloureux dégonflement de l’ego?

IL FAUT PLUTÔT CONSIDÉRER CETTE NOTION JUIVE DE L’AUTOLIMITATION DANS LE CONTEXTE DE L’INFINITÉ DIVINE. SI DIEU EST INFINI, COMMENT PEUT-IL CRÉER QUELQU’UN D’AUTRE QUE LUI. CE QUI SUPPOSE QUE LA CRÉATURE EST VRAIMENT AUTONOME, AUTRE QUE SON CRÉATEUR. CETTE PROBLÉMATIQUE N’EST PAS CELLE DES PARENTS QUI SONT DES ÊTRES FINIS.

18.5/20

3.  Quelle serait votre réaction et votre réponse à quelqu’un qui se présentait à vous comme athée?

Si une personne se présentait à moi comme athée, et aurait envie d’en discuter plus longuement, j’explorerais avec elle ce qu’elle met sous le terme « athée ». CE QUE SIGNIFIE POUR ELLE L’EXISTENCE DE DIEU QU’ELLE NIE. Plusieurs personnes, en effet, ne croient pas en un Dieu personnel, mais croient en l’un ou l’autre « absolu », (BIEN) qu’ils nomment de différentes manières.  C’est un thème très intéressant à explorer parce qu’on rejoint alors le fondement même de la personne, ce sur quoi elle se bâtit… et ça nous donne déjà une bonne idée de la solidité intérieure de cette personne et de son cheminement spirituel.

J’explorerais avec cette personne, si elle m’en donne la chance, quelle est sa croyance sur l’origine de la vie et sur ses fins dernières.  Ou, dans un autre ordre d’idée, j’essaierais de découvrir en quelle cause il ou elle croit et s’engage: justice sociale, respect de l’environnement, santé, solidarité, etc.  Une personne qui s’engage dans une cause humaniste ou environnementale peut effectivement le faire parce qu’elle croit que la vie est sacrée, par exemple, sans nécessairement croire en un dieu quelconque.   Si elle ne croit en aucune cause particulière, j’irais peut-être plus loin en tentant de saisir quel est le dynamisme de vie de cette personne, ce qui l’allume, ce qui la fait exister. TILLICH DIRAIT : QUEL EST SON ULTIMATE CONCERN. Ou, par un autre biais, je le(la)questionnerais sur ses inquiétudes profondes, ses doutes, ses questions existentielles: autre manière de toucher le fond de la personne, par son vide intérieur et ses aspirations déçues.  Car Dieu (ou l’absolu) se trouve souvent par le manque, par la place laissée vide qu’il devrait occuper!  L’absence d’un Dieu Père aimant ou d’une cause existentielle qui donne un sens à la vie peut effectivement être douloureusement ressentie par le sujet.  Croire que le sens et la direction de la vie humaine dépend et repose entièrement sur l’être humain mène même parfois à des angoisses profondes, quand on expérimente à quel point l’être humain est capable de mal, et tellement faillible et fragile!

Je questionnerais sans doute cette personne à savoir si, à un moment ou l’autre de son existence, elle aurait vécu une expérience spirituelle; par exemple, être profondément touchée par la magnificence de la nature en telle et telle circonstance, sentir la présence près d’elle d’une être disparu, être rempli de joie, de mercis et d’émerveillement à la naissance d’un enfant, etc.  Parce que de telles expériences ouvrent à l’absolu, à l’au-delà et sont déjà un début de cheminement vers l’intérieur.  En d’autres termes, on pourrait conclure que la distance entre théisme et athéisme n’est pas si grande que ça, qu’il s’agit en fait d’un chemin de vie que l’on parcourt dans un sens ou dans l’autre au cours de notre existence; et sur ce chemin, on est libre de faire volte-face à tout moment!  L’expérience sommet de ce parcours est la révélation du nom même de Dieu, de son être intime, qu’il dévoile à qui Il veut quand Il veut, parfois seulement après la mort physique.

En guise de deuxième conclusion, je ferais la remarque suivante: je trouve qu’il y a un dangereux glissement possible dans les nouvelles images de Dieu présentées dans les notes de cours (Dieu immanent et transpersonnel).

LE DIEU TRANSPERSONNEL N’EST PAS UN DIEU INTELLIGIBLE SEULEMENT POUR LES INTELLECTUELS. C’EST UN DIEU INCONNU, DONT ON NE PREND PAS CONSCIENCE. IL DEMEURE INEXPRIMÉ, PAS PLUS DANS UN CONCEPT QUE DANS UNE FIGURE CONCRÈTE.

Le Dieu sans visage qui y est présenté ne peut guère rejoindre que l’intellect chez l’être humain.  Or, l’être humain est, de par sa nature, incarné, et a donc également besoin d’être rejoint dans son corps, lieu par excellence où l’amour est vécu et expérimenté.  Le Dieu présenté par le Christ étant accessible aux enfants et à ceux qui leur ressemblent, il demeure difficile de justifier que seul l’intellect puisse le trouver!  D’ailleurs, les études scientifiques actuelles démontrent que ce qui attire le plus l’intérêt d’un nourrisson, c’est le visage humain et, davantage encore, un beau visage humain harmonieux.  Nous sommes, dès l’origine, fait pour la rencontre d’un « je » à un « tu », que ce « tu » soit humain, pur esprit ou divin.  N’y a-t-il pas un grand risque, pour l’intellect, d’en arriver à désincarner le Dieu qui, par grâce, a voulu s’incarner?

VOUS MONTREZ BIEN PAR LÀ L’AVANTAGE, LA GRÂCE, DE CELUI ET CELLE QUI CROIT EN DIEU. IL NE S’AGIT PAS D’ÉLIMINER CETTE CROYANCE, TOUT AU CONTRAIRE. IL S’AGIT PLUTÔT DE CEUX ET CELLES QUI N’ONT PAS CETTE PERCEPTION, POUR QUI L’IMAGE CONCRÈTE NE VÉHICULE PAS L’ABSOLU. POUR TOUS CEUX-LÀ, IL IMPORTE DE VOIR QU’ILS NE SONT PAS SANS DIEU, AU SENS DE SANS ABSOLU…

 

18.5/20

NOTE GLOBALE DU TRAVAIL : 37/40  TRÈS BIEN!

 

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