BLANC

Lettre ouverte à M. le Premier Ministre Jean Charest

Je dois d’abord confesser qu’hier encore, j’étais du nombre de ceux qui vous ont attribué le prix du meilleur humoriste malgré lui dont vous avez été « honoré » au gala des Oliviers. Mais ce matin, l’heure est grave, trop grave pour avoir envie de rire, même à vos dépens.

Je voudrais juste attirer votre attention sur un point, un petit point – un grain de sable en fait – qui risque de vous rattraper, tôt ou tard, et qui vaut par conséquent la peine qu’on s’y arrête. Avez-vous réalisé que vous êtes le seul imputable pour la situation qui dégénère actuellement dans le dossier des revendications étudiantes? Vous avez eu « l’habileté »(?) de vous entourer de gens qui ne vous contestent jamais publiquement et qui, en apparence du moins, pensent exactement comme vous et prônent les mêmes méthodes dictatoriales* d’intervention dans ce conflit. Personnellement, je n’apprécie pas les « chefs » qui usent de cette forme « d’habileté » : ils prouvent, selon moi, leur incapacité à gérer l’opposition de façon sage et mature. Mais au bout de la ligne, que je sois d’accord ou non avec vos méthodes de gestion ministérielle, le résultat demeure : vous êtes, dans ce cabinet, le seul chef « debout » et donc, le seul qui devra porter l’odieux (ou le mérite???) de l’issue de ce conflit.

Votre responsabilité est lourde. C’est pourquoi, au nom de ce peuple, je vous demande de vous raviser, d’entrer en vous-même pendant qu’il en est encore temps, pour prendre conscience du devoir paternel qui vous incombe. Vous ne pourrez pas toujours répondre par l’oppression, le dénigrement et le leurre aux revendications de nos jeunes, puisque, vous le constatez, ces méthodes ne font qu’attiser le feu. Je prie pour vous, demandant que vous ayez la sagesse et L’HUMILITÉ de faire marche arrière et de vous mettre sincèrement et respectueusement à leur écoute.

Je prie également pour le peuple du Québec qui vous a élu. Mon peuple… qui paie cher pour avoir élu un chef dont l’unique marotte est toujours et partout la sainte ÉCONOMIE. Comme si l’argent avait le pouvoir de faire de nous un peuple heureux!!! C’est le travail qui fait un peuple fier et prospère. Nous pourrions être tous riches, mais blasés, égocentriques et insipides!!! Pire : le prix de la méga-richesse de quelques uns est et sera toujours la pauvreté de tous les autres. Le comprendrons-nous un jour? Cesserons-nous d’espérer être du nombre de ces quelques uns (trop riches) pour prendre solidairement parti pour le partage équitable des biens et la prospérité de l’ensemble? L’éducation libre et « gratuite » est la condition de base à la prospérité de tout un peuple : seuls ceux qui aspirent à être du petit nombre des trop bien nantis peuvent affirmer le contraire (et ceux qui savent trop bien que l’ignorance du peuple leur laisse toute la latitude nécessaire pour s’enrichir à ses dépens)!!!

Je prie pour que tombent les œillères qui égarent mon peuple : qu’il se relève de ses errances et qu’il retrouve la noblesse de cœur qui fut la sienne au temps de jadis quand il y avait toujours un banc pour le « quêteux » dans sa maison et quand le malheur de l’un donnait inévitablement lieu à une corvée d’entraide pour le secourir. Je prie pour que quelqu’un de ce peuple ait l’illumination de trouver quel geste de soutien collectif nous pourrions poser pour appuyer les idéaux de nos jeunes et ne plus les laisser seuls s’envoyer matraquer au Front.

Il y a de beaux gestes qu’il ne faudra jamais oublier. Comme ce soir du 27 avril où, pendant une manifestation dans les rues de Montréal, les grévistes étudiants ont aidé à l’arrestation des casseurs en s’arrêtant de marcher dès qu’ils voyaient de la casse près d’eux. Comme les manifestations d’appui en faveur des quatre jeunes emprisonnés pour leurs idéaux après les évènements du métro de Montréal…

Qui taxent les étudiants d’utiliser chantage et violence pour obtenir ce qu’ils revendiquent ? Ceux qui les poussent à leurs derniers retranchements…!? Ceux à qui ont été confiés la responsabilité du pouvoir et de l’information, mais qui, par leur mépris et leurs sarcasmes, attisent chez les grévistes le potentiel de violence…!? Potentiel d’agressivité qui, ne l’oublions pas, habite TOUT ÊTRE HUMAIN – le moqueur, comme sa victime, le dirigeant abusif, comme le peuple bafoué.

Johane Filiatrault

* On dit au dictionnaire que « Dictatorial » est l’antonyme de « Libéral »… c’est à ne plus rien y comprendre, M. Charest!

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